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Il s’appelait François Borgia Charlemagne Péralte (6e partie)


Le traitement des restes de Charlemagne Péralte

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Charlemagne Péralte Crucifié

Après avoir mis en déroute les cacos qui étaient avec le général en chef Charlemagne Péralte à Nan-Glissé dans la nuit fatidique du 30 octobre au 1e novembre 1919, le capitaine Hermann H. Hanneken fit charger le cadavre du fameux guérillero sur une mule pour le transporter à la Grande-Rivière du Nord.

Entre temps, les pseudo-cacos que dirigeait Jean-Baptiste Conzé exécutèrent leur plan d’attaque contre la Grande-Rivière du Nord comme il avait été cuisiné par le cynique capitaine Hanneken, et les cacos livrés à eux-mêmes, furent massacrés sans merci par les Marines. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, dit l’autre. Ensuite Conzé alla à la rencontre de Hanneken en route avec son précieux et ultra lourd trophée.

Le 1e novembre, à neuf heures du matin, la Grande-Rivière du Nord accueillit le cadavre mutilé de Charlemagne au Parc communal. Il fut ensuite transporté à la gare pour être embarqué sur un train à marchandises.

Arrivé au Cap, à midi, le cadavre fut exposé à l’Arsenal du Cap au Carénage pour identification. C’était l’euphorie chez l’occupant qui allait passer tout de suite à la crucifixion de Charlemagne sur une porte dans la cour de l’Arsenal. Au-dessus de sa tête fut placé le symbole péraltien composé du drapeau national et d’un crucifix. Car, de son vivant, le grand héros haïtien était très religieux. Tous les bourgeois de la ville du Cap, incluant le Père Pocro qui fut le mentor, le père spirituel de Charlemagne lorsqu’il était enfant de cœur à l’église de Hinche et qui plus tard allait devenir son ami et son confesseur à la prison du Cap, vinrent voir le cadavre du grand révolutionnaire haïtien.

Devenus enfin trop encombrants pour l’occupant, les restes de Charlemagne allaient être embaumés et remis par le colonel yankee Russell à la famille Péralte. Mais celle-ci n’en voulaient pas. Alors, l’occupant opta pour l’inhumation de Charlemagne au camp Chabert, près du Trou-du-Nord, dans la nuit du 3 novembre. Comme le dernier des indigents, notre héros n’eut pas droit à un cercueil. Il fut mis dans un sac drapé de notre bicolore  pour être enseveli à même le sol. Et Suzy Castor cite J.Verschueren qui dit : « (…) L’occupant ordonna qu’il reçoive une sépulture secrète, tentant d’entant d’empêcher les manifestations du sentiment populaire. La vénération qu’on avait pour lui était si grande jugèrent nécessaire de lui donner une sépulture simulée dans cinq endroits différents, pour empêcher que son tombeau ne devint un lieu de pèlerinage pour de futurs cacos. »

Suite à la mort de Charlemagne Péralte, les vestiges de la résistance sous le leadership de Benoît Batraville et d’autres chefs ne firent pas long feu. Batraville fut trahi aussi et assassiné le 19 mai 1920 et le dernier chef caco, Achille Jean, se rendit à l’ennemi le 8 octobre 1921.

Mais juste avant, soit le 16 novembre 1919, en guise de remercîments, les militaires yankees qui avaient participé au lâche assassinat du héros haïtien furent décorés de la Médaille militaire par l’odieux et apatride président Sudre Dartiguenave.    

Après le départ des Marines en 1934, plus précisément le 19 août 1934, Mme Masséna Péralte, la mère de Charlemagne Péralte, collecta les ossements de son fils sacrifié et crucifié, pour les placer le 14 octobre 1934 dans la petite église des Cœurs Unis des Artisans, au Cap, où ils avaient été gardés nuit et jour par une multitude de personnes jusqu’au 25 novembre 1934. De là, ils furent transférés à la cathédrale de la métropole du Nord.

Le lendemain 26 novembre, à huit heures du matin, la ville du Cap-Haïtien s’était mise en branle pour accueillir des visiteurs venus d’un peu partout en vue de rendre les hommages dus à l’une des plus grandes âmes qui aient jamais sorties des entrailles du pays dessalinien.. En sus de Madame Masséna Péralte, du Président de la République, Sténio Vincent, du sénateur Seymour Pradel, de Mme veuve Anténor Firmin et une kyrielle d’autres personnalités qui avaient pris place à la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption du Cap, parents, amis, sympathisants et admirateurs brillaient également par leur présence dans la célébration des funérailles du grand Charlemagne ou Charles-le-Grand, comme ce nom signifie en latin.

Après les cérémonies à la cathédrale, le cortège, s’ébranlait sous la pluie en direction du cimetière de la ville, où les restes combien précieux du plus grand héros haïtien du 20e siècle allaient être reposés ad vitam aeternam avec et dans l’honneur cette fois-ci. Oui, le grand Charlemagne Péralte avait eu droit à des   funérailles nationales. Justice ou revanche de l’histoire, cela revient au même

Que l’âme des Hanneken, des Conzé, des Jean-François et toutes les autres âmes viles qui avaient fait couler le sang de Charlemagne Péralte et qui ont avili la Nation, continuent d’être tourmentées dans la géhenne de l’Histoire ad vitam aeternam.

Morisseau Lazarre

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