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Il s’appelait François Borgia Charlemagne Péralte (5e partie)


 

Charlemagne trahi et assassiné

En août 1919, un bourgeois du nom de Jean-Baptiste Conzé, originaire de la Grande-rivière du Nord infiltra les rangs des cacos sous l’insistance du capitaine yankee Hermann H. Hanneken. Cet infâme capitaine commandait la Grande-Rivière du Nord était en parfaite connaissance de l’aversion des bourgeois de la zone à l’égard des cacos. Conséquemment, il allait en profiter pour machiner un plan des plus audacieux, approuvé par ses supérieurs, pour la capture du fameux guérillero, mort ou vif.

Il fit chercher Conzé avec qui il maintenait des relations amicales et lui proposa de se joindre aux cacos. Conzé se sentait indigné et cria sans conviction aucune : « Moi, un bourgeois honnête de bonne famille, vous voulez que je me fasse caco ? – Bien sûr que oui, rétorqua le capitaine. Ne vous faites pas du souci. C’est pour la frime. Il vous sera donné tout ce dont vous avez besoin pour l’entreprise, et vous serez récompensé de 2.000 dollars pour vos services. Nous devons éliminer le chef des brigands et mettre un frein au vagabondage des cacos. » Et Suzy Castor nous rapporte que la délibération dura tard dans la nuit, et à la fin Conzé finit par adhérer au projet.

L’architraître s’était vite mis en besogne aux côtés du capitaine Hermann Hanneken. Il recruta un bon ami à lui, Edmond Jean-François, qui l’aida dans la mise sur pied d’une bande de pseudo-cacos. Cependant la tâche titanesque de cette entreprise combien macabre, c’était de convaincre Charlemagne Péralte afin d’accepter les services de Conzé. Eh bien, après plusieurs tentatives avec force artifices du camp Hanneken, le chef indomptable des cacos fut convaincu  et invita Conzé à son quartier général et le nomma Général. En revanche, pour témoigner son amitié et sa loyauté envers son nouvel « ami », Conzé donna en cadeau à Charlemagne un revolver à crosse de nacre. Tout cela faisait partie du plan du capitaine yankee.

J. Verschueren raconte : «Pendant ce temps, le gendarme, ami de Conzé (Edmond Jean-François), s’était joint  aux troupes de Charlemagne. Il sut si bien gagner la confiance du Commandant en Chef, que celui-ci le nomma son secrétaire particulier. Dans cette nouvelle fonction, il déploya tant d’habileté qu’il réussit à faire connaitre plusieurs fois à l’officier américain, l’état et les plans de l’armée des cacos »

Après avoir réussi cette partie qui s’avérait extrêmement difficile, le capitaine Hanneken se lançait dans une véritable course contre la montre, car il ne voulait pas laisser de temps au rusé Charlemagne de dépister ce qui se tramait contre lui. Donc, il lui fallait vite passer à l’action.

J. Verschueren poursuit : « Conzé et Charlemagne étaient occupés, en effet, à correspondre ensemble sur l’exécuction d’une attaque générale de la Grande-Rivière. Le capitaine Hanneken, qui avait inspiré cette idée, savait bien qu’il jouait gros jeu. En effet, si l’attaque tournait mal et que la ville fut prise, rien n’empêcherait les cacos de marcher sur le Cap, la deuxième ville de la république et la clef du nord du pays. Ensuite l’officier américain pouvait-il vraiment compter sur la fidélité de ses aides noirs ? »

En fait, oui. Car ces aides noirs du capitaine Hanneken avaient accompli impeccablement leur sale boulot.

Charlemagne Péralte, accompagné de son état-major, dont Ectravil, Papillon, Adhémar Francisma, ses frères Saint-Rémy et Saül, etc. établit son campement au Fort Capois avec ses troupes le 26 octobre 1919, en préparation de l’attaque contre la Grande-Rivière du Nord en tandem avec l’architraître Conzé dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Alerté par ce dernier, le capitaine Hanneken donna l’ordre à la Gendarmerie  d’investir toutes les routes conduisant au Plateau Central. Pendant ce temps, le capitaine américain s’était secrètement positionné au gué de Mazaire, à quelques kilomètres au sud de la Grande-Rivière du Nord. C’était là qu’il espérait abattre son « précieux gibier ». Cependant, Charlemagne, rusé comme il était, changea d’avis et ne descendit pas à Mazaire. Il s’arrêta de préférence à Nan-Glissé entre Fort-Capois et le gué ; ainsi, brouilla le plan de l’ennemi.

Une fois de plus, Conzé informa tout de suite le capitaine de la situation. Alors celui-ci quitta sa cachette à Mazaire et résolut d’aller à la rencontre de l’irréductible et l’incorruptible guérillero à Nan-Glissé.

Guidé par Edmond Jean-François, l’alter ego de Conzé, le capitaine américain était accompagné de son fidèle adjoint le lieutenant William R. Button et d’une vingtaine de gendarmes allant vers le territoire de Charlemagne Péralte. Il était déguisé en paysan et s’était noirci le visage et les bras pour dissimuler son identité. Ses sbires, les Haïtiens exceptés, en firent idem. Ils prétendaient être des messagers de Jean-Baptiste Conzé venant annoncer à Charlemagne la « victoire» de Conzé sur les forces du très haï capitaine Hanneken à Grande-Rivière du Nord.

Le lâche capitaine Hanneken était armé d’un colt automatique et d’un revolver colt 38, son adjoint le lieutenant William R. Button avec une mitraillette et les gendarmes et policiers, eux, portaient d’autres armes.

Après plusieurs heures de marche et après avoir franchi plusieurs barrages de sécurité gardés par des hommes armés seulement de machettes, Hanneken et ses hommes finirent par atteindre le camp du grand chef caco.

Voici un extrait du récit de l’un des participants – F. M Wise, pseudonyme du capitaine Hermann H. Hanneken, chef de la gendarmerie – dans le lâche assassinat de Charlemagne Péralte, tel que rapporté par Suzy Castor : « (…) Nous passâmes le troisième et le quatrième poste sans difficulté. Un bandit m’adressa la parole et un gendarme, comprenant le sérieux de la situation, répondit immédiatement. Au cinquième poste, il semblait à un certain moment que nous allions livrer bataille. Le chef du groupe avait un revolver dans la main et lorsque nous passâmes devant lui, il le pointa sur le lieutenant  Button. Il le prit par l’arme det dit : « Où as-tu trouvé ce beau fusil ? » en se référant à la mitraillette. Un soldat répondit alors : « Laisse-nous aller, ne vois-tu pas que mon détachement est déjà parti ? » En même temps, Button le poussa et suivit le groupe  jusqu’au sixième poste qui était celui qui gardait Charlemagne. Il se trouvait à trente pas du lieu où campait Péralte. Le  gendarme nous dit alors : « Cachez-vous ». Le lieutenant et moi avançâmes à quelque 50 pieds de Charlemagne qui était assise près du feu et qui parlait avec sa femme, deux hommes nous arrêtèrent  et armèrent la détente de leurs fusils; Charlemagne tenta de se retirer, il était évident qu’ils soupçonnaient déjà quelque chose et ils commencèrent à préparer leurs armes. Je dis à Button : « All right » et nous fîmes feu. »

Oui, le lâche et maudit capitaine américain et ses chiens n’avaient pas le courage d’affronter Charlemagne Péralte sur le champ de bataille. Malgré tous les moyens logistiques qu’ils avaient à leur disposition, ils doutaient fort qu’ils  pussent venir à bout de la résistance haïtienne sous le leadership du plus grand héros haïtien du 20e siècle.

Après avoir lâchement exécuté le chef des combattants de la liberté dans cette nuit macabre du 31 octobre au 1e novembre, Hanneken procéda à un véritable carnage avec la mitrailleuse qu’il avait fait garder discrètement dans une macoute. Seuls furent épargnés les cacos qui avaient pris leurs jambes à leur cou.

Morisseau Lazarre

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