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Archives mensuelles de “novembre, 2013”

Il s’appelait François Borgia Charlemagne Péralte (4e partie)


Charlemagne, le chef incontesté des valeureux cacos, s’impose

Avec l’élimination de certaines têtes de l’état-major de Charlemagne Péralte et le massacre orchestré sur ses proches, l’occupant pensait faire d’une pierre deux coups : mettre un frein à l’indomptabilité du valeureux chef en s’assurant sa reddition et affaiblir sinon en finir  avec la résistance des cacos. Pourtant, c’est alors que Charlemagne et son armée allaient se montrer  de plus en plus hardis en harcelant partout et sur tous les fronts les nouveaux colons américains, leur infligeant des coups osés et terribles à travers leurs tactiques de guérilla savamment planifiées. Tactiques qui, plus tard, vont être servies de références à d’autres peuples, tels que les Vietnamiens, les Cubains, les Nicaraguayens, les Afghans, ect. pour se débarrasser du joug colonial.

C’est ainsi qu’en février 1918, Hinche , Mirebalais, Cerca-la-Source, Maïssade, Dessalines, Lascahobas, Ranquitte furent tour à tour attaqués par les cacos sous la direction de Charlemagne Péralte. Le 21 mars 1918, au cours d’une attaque surprise à Dufailly, le lieutenant américain Nicolas B. Moscoff fut éliminé sans coup férir. Deux semaines plus tard, soit le 4 avril, au cours des affrontements près de Hinche, un major yankee répondant au nom de John L. Mayer fut envoyé ad patres par les révolutionnaires haïtiens, appelés bandits par les ennemis de la liberté.

Le  17 octobre 1919, jour de l’anniversaire de la mort de Dessalines, à quatre heures du matin, Port-au-Prince fut pris d’assaut en partie par les cacos et Charlemagne établit son quartier général à Saint-Marc, à quelques kilomètres de la capitale. Ce qui allait semer l’émoi chez le gouvernement collabo de Dartiguenave et de ses maitres. De son quartier général, le chef des cacos avait pris soin de communiquer au Chargé d’Affaires Britanique son intention de prendre la capitale tout en lui demandant, d’après ce qu’a rapporté James H. Mc Crocklin, de convoquer le corps diplomatique, afin d’obtenir la capitulation de la ville pour éviter que le sang coulât. Mais l’occupant qui était supérieur en hommes et en armes, à travers des attaques musclées, parvint à déloger Charlemagne et ses troupes, dont 30% seulement étaient armées de fusils.

Après cette action combien hardie de Charlemagne et de ses troupes qui enlevait le sommeil aux salisseurs de la nation dessalinienne, un changement de tactique avait pris corps dans le camp ennemi qui allait utiliser l’arme de la trahison par la corruption pour  venir à bout de la résistance des combattants pour la libération nationale. D’autant plus que l’ennemi avait tout essayé mais sans effet d’acheter la conscience de Charlemagne Péralte. Il s’était même servi, selon Suzy Castor, du Monseigneur Conan, archevêque de Port-au-Prince pour obtenir la collaboration de Charlemagne au moyen d’offres attrayantes ; mais, le leader ne se prêta à aucun compromis. Alors, son élimination physique par le juste et l’injuste était devenue une nécessité sine qua non pour l’ennemi.

Morisseau Lazarre 

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Il s’appelait François Borgia Charlemagne Péralte (3e partie)


La geste de Charlemagne Péralte

Les troupes américaines arrivèrent à Léogâne le 17 août 1915. Le commandant américain intima l’ordre à Charlemagne Péralte de lui remettre la ville, mais c’était mal connaitre ce nationaliste farouche qui allait devenir le cauchemar de l’occupant. Inutile de dire que Charlemagne refusa catégoriquement d’obtempérer aux ordres de l’envahisseur et était prêt à signifier son refus, au besoin, par les armes. Le commandant yankee avait reçu le message clair et net et ne fit pas le forcing. Il se contenta de garder ses troupes sur leurs bateaux et dans leurs avions.

Mais cet invertébré que fut le nouveau président Surdre Dartiguenave, chien fidèle et docile de l’occupant, licencia le Commandant Charlemagne Péralte pour son refus de livrer la ville aux envahisseurs.

Dans une lettre d’adieu à la population de Léogâne, Charlemagne expliqua ses sentiments face à l’affront que vient de subir la Nation.

Quelques jours avant son départ pour Hinche, il se rendit à Bourdon chez le Général Edmond Polinice, un acteur au centre des évènements du 14 juillet, à qui il aurait confié ces paroles : « Général, je rentre chez moi. Mais j’ai confiance en mon étoile. Je soulèverai le peuple et mettrai les Américains hors du pays. » Péralte savait de quoi il parlait car, en tant que citoyen responsable, il ne pouvait et ne voulait en aucun cas rester les bras croisés pendant que la Nation est remise dans les chaines maudites de la colonisation.  

C’est ainsi que, arrivé à Hinche, constatant les déboires de ses frères sous le poids du nouveau système appelé « corvée » instituée par les nouveaux colons étasuniens, Charlemagne passa de la parole aux actes. Suzy Castor, dans son fameux ouvrage L’occupation Américaine, rapporte ce qui suit : « Le 11 octobre 1916, avec ses frères Saül et Saint-Rémy et 60 hommes presque sans armes, Charlemagne Péralte attaqua la maison du général Doxey, commandant de Hinche. L’attaque fut repoussée, les chefs arrêtés et Charlemagne Péralte condamné à 5ans de travaux forcés par un tribunal prévôtal. »

Mis au bagne au Cap-Haïtien, Charlemagne allait endurer les pires vexations de l’occupant. Oui, on lui en faisait voir de toutes les couleurs. De la captivité de Charlemagne le Chargé  d’Affaires français de l’époque rapporte à son gouvernement qu’un jour « le gardien américain de Charlemagne Péralte trempa un balai dans un baquet plein d’ordures et en barbouilla le visage du forçat. Et celui-ci dévora l’affront en silence ».

Un jour il prit sa revanche en tuant un marine qui osa le frapper parce qu’il refusa d’exécuter l’ordre qui lui avait été donné de nettoyer les latrines. Alors point n’est besoin de dire combien sévère était sa punition. Mais cela le poussait beaucoup plus à détester l’ennemi et renforçait sa conviction dans la lutte sans faille et sans compromission pour chasser les trublions de l’Amérique de la terre sacrée de nos ancêtres.

Astucieux comme pas un, Charlemagne utilisa tous les moyens à sa disposition pour prêcher dans la prison même la résistance à cette infamie qu’était l’occupation de sa chère patrie. C’est ainsi qu’il réussit à convaincre son gardien le gendarme Luczama Luc à prendre la fuite avec lui en trompant la vigilance des soldats yankee. Cela se passa le 3 septembre 1918. Et de sa cachette chez Madame Raoul Deetjeen au Cap-Haïtien, il regagna, avec l’aide d’autres compatriotes le Plateau Central, son fief.

Partout sur son chemin, il gagnait les cœurs à la cause nationale et multipliait l’effectif de son armée. Des paysans le suivirent en grand nombre dans les montagnes avec les cris de guerre sur les lèvres. Il forma un cabinet composé des hommes vaillants et disciplinés. Il désigna comme son second Benoît Batraville, un maitre d’école, et lui donna le commandement du Plateau Central, tandis que lui, Charlemagne, avait le Nord sous son autorité. Il fut aidé aussi par d’autres chefs qu’il nomma. Ils avaient pour noms Estraville, Adhémar Francisma, Papillon, Olivier, Ectraville, etc.

Certaines estimations chiffrent l’effectif des insurgés appelés cacos à 2.000 hommes, 5.000 hommes et 15.000 hommes, selon la fantaisie de l’auteur. Hérold Davis, lui, écrit : « On estime qu’il y a de cinq à six mille hommes sous le commandement de direct de Charlemagne dans les montagnes et les plaines du Nord-Ouest, deux ou trois mille sous le commandement de son premier lieutenant Benoît Batraville, et d’autres  bandes disséminées sous les ordres de chefs de moindre importance. » Cependant, un fait certain, c’est que l’armée de libération était composée en majorité de paysans. Et Suzy Castor informe en ce sens : « L’identification des hommes de Charlemagne Péralte avec le peuple tait totale. Ils étaient sortis de la paysannerie et traduisaient les aspirations populaires les plus profondes… »

Charlemagne Péralte fut un grand stratège. Et selon Roger Gaillard, les Américains  reconnaissaient que le leader principal des mouvements de la résistance contre l’occupation était un organisateur-né. Pour communiquer avec ses lieutenants dans les différents points du pays, voici ce que rapporte F. Wirkus, un officier yankee : « Les tanmbours envoyaient des messages à une centaine de mille ou plus presque aussi vite que par télégraphe ou la radio. Les « madan sara » servaient d’agents actifs de propagande et de liaison : c’étaient des femmes commerçantes et distributrices de produits agricoles, qui sans éviller les soupçons par leurs activités de redistribution et de relations entre la ville et la campagne, recueillaient des informations qu’elles transmettaient au quartier-général des insurgés, sur les déplacements des troupes américaines et les rumeurs en cours. »

Le 15 octobre 1918, soit un an après l’attaque à Hinche, Charlemagne donnait du fil à retordre aux envahisseurs. A 9 : 45 PM, le chef des insurgés, désigné « chef des bandits » par l’occupant, lança, une fois de plus, la deuxième attaque à Hinche. Attaque qui fut repoussée et qui n’eut pas donné des résultats significatifs. En revanche, plusieurs chefs des cacos furent éliminés et des membres de la famille Péralte impitoyablement massacrés.

Morisseau Lazarre         

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