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Il s’appelait François Borgia Charlemagne Péralte (2e partie)


Dans l’histoire de la petite nation haïtienne, le mois d’octobre est vraiment riche en évènements politiques, les uns plus célèbres que les autres, selon l’importance qu’on y attache. Alors, pour la quasi-totalité du peuple haïtien, il ne fait aucun doute que le 17 octobre – date éminemment noire ayant marqué l’assassinat crapuleux du pater patriae Jean-Jacques Dessalines au Pont Rouge – remporte la palme. Cependant, nous ne devons pas perdre de vue que Charlemagne Péralte, qui mérite bien d’être placé sur le même piédestal que Jean-Jacques Dessalines, fut né le 10 octobre 1885 et assassiné dans la nuit du 31 octobre au 1e novembre 1919. Façon de signaler que, vu cette double importance qu’il représente dans la vie de ce grand héros haïtien, le mois d’octobre devrait être baptisé « mois de Charlemagne Péralte ».

 Le cheminement d’un véritable soldat

De retour à Hinche, Charlemagne Péralte devint fermier, guildivier, distilleur et éleveur ; et peu de temps lui suffisait pour s’y faire un nom. Cependant, ce fier héros, piqué par le devoir de servir son pays, s’intéressait aussi à la chose publique. Ainsi donc, il fut nommé Vice-consul d’Haïti à Elias Piña en République Dominicaine, élu maire de Hinche en 1909, nommé Juge de Paix à Mirebalais en 1911. Et après avoir pris part aux côtés de son frère Saül en 1914 aux soulèvements contre le Président Michel Oreste et qui allaient porter à la Première Magistrature le citoyen Oreste Zamor, lui aussi originaire du Plateau Central, comme récompense, Charlemagne, à 28 ans, fut nommé Commandant de l’Arrondissement de Port-de-Paix et avait sous ses ordres le 9e Régiment d’Infanterie de ligne, anciennement appelée 9e Demi-brigade commandée par le grand et inoubliable Capois-la-Mort.

Si à ce stade nous ne pouvons oser dire que Charlemagne était un militaire doué, puisque ne s’étant pas encore véritablement distingué sur le champ de bataille, soit, cela n’avait pas empêché qu’il gravît tous les échelons de la hiérarchie militaire selon les caprices du Président de la République. Néanmoins, partout où il fut placé, il était aimé et respecté tant par ses subalternes que par les populations locales.

Lorsque le Président Oreste Zamor fut renversé par Davilmar Théodore, Charlemagne fut démis de ses fonctions et n’avait pas tardé à passer à l’opposition. En 1915, avec son cousin Dupéra Péralte, il prit les armes contre le nouveau président sous la bannière de Vilbrun Guillaume Sam. Alors que lui avec ses troupes et celles de son cousin occupaient les trois forts de Lascahobas, sous les assauts des forces gouvernementales, son cousin fut tué, mais lui Charlemagne s’y tira sain et sauf.

Davilmar Théodore vaincu, Vilbrun Guillaume Sam devint président. Il nomma Charlemagne Péralte Commandant de l’Arrondissement à Léogâne et Saül, le grand-frère de celui-ci, Commandant de l’Arrondissement à Saint-Marc.

C’est à Léogâne que la vie de Charlemagne allait prendre une autre tournure, lorsque le 27 juillet 1915, sur ordre du général Charles Oscar, plus de 300 prisonniers furent massacrés au Pénitencier National, dont un parent de Charlemagne Péralte, le Général Gaspard Péralte. Et selon Alain Turnier, « Charles Oscar, pris d’une fureur homicide, fit arrêter le train allant à Bizoton, obligea les passagers à descendre et en fusilla une quinzaine… » Toujours selon Alain Turnier, « Dans la matinée du 27 juillet la résistance des défenseurs du Palais National vite écrasée, le Président Vilbrun Guillaume, blessé d’une balle à la jambe, se réfugia à la légation de France. Les parents et amis des prisonniers se précipitèrent à la prison où les cadavres gisaient encore dans leur sang, poitrines labourées, cervelles éparpillées. Mis en rage par l’orgie de sang ils se ruèrent vers la légation dominicaine où s’était réfugié Charles Oscar. Il en fut arraché, abattu à la porte même de l’immeuble de trois balles par Edmond Polynice dont trois fils avaient péri dans le carnage à la prison. Le commandant de l’Arrondissement fut traîné jusqu’à sa maison à la rue des Miracles. Sur ces restes sanglants, la populace exerça sa haine vengeresse, puis rasa la maison.

« Dans l’après-midi, des cacos pénétrèrent dans la cour de la légation de France, réclamant avec insistance Vilbrun Guillaume. Ils ne se retirèrent que sur l’intervention du général Charles de Delva et après une harangue de Charles Zamor. »

Ces troubles allaient donner un faux prétexte aux États-Unis d’Amérique, qui brûlaient longtemps le désir d’occuper le pays de Charlemagne Péralte, de mettre finalement leur plan impérialiste et raciste à exécution. Alors le 28 juillet 1915, les soldats de l’Aigle foulèrent le sol haïtien en passant par Bizoton.

Charlemagne Péralte ne pouvait pas digérer cet affront. Pour lui, c’est un coup de massue sur sa tête de nationaliste, c’est une piqûre empoisonnée injectée dans son âme haïtienne. Alors, en tant que soldat nationaliste, défenseur de la souveraineté nationale, il ne se fit pas prier pour passer tout de suite à l’action tout en ressassant les vers on ne peut plus stimulants du poète capois : « Si un jour sur tes rives / Reparaissent nos tyrans / Que leurs hordes fugitives / Servent d’engrais à nos champs. »

Morisseau Lazarre

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