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L’instrumentalisation de Chavez par l’extrême droite


Bernard TORNARE

Depuis quelques années une partie importante de l’extrême droite des pays francophones s’est lancée sur une nouvelle voie stratégique et électorale : réunir dans un seul courant les branches traditionnelles de la « droite des valeurs » (catholiques ultraconservateurs, nostalgiques royalistes, antisémites de tout bord, etc.) avec les secteurs de la gauche révolutionnaire (les déçus de la gauche traditionnelle, PS, PCF et dans une certaine mesure, le F de G.

Avec aussi, même si cela peut sembler paradoxal, celui de l’immigration. On peut ajouter à cela une politique très audacieuse de dénonciation des actions néo-coloniales en Irak, Afghanistan, Libye, Syrie, etc. et du comportement de l’ État d’Israel dans les territoires occupés de la Palestine.

On ne peut pas nier, si l’on fait abstraction de l’origine idéologique de ces dénonciations, qu’ils ne se trompent pas quand ils s’attaquent à montrer les énormes contradictions dans les discours d’une gauche qui a perdu la boussole à propos des principes et valeurs du communisme, de la solidarité du prolétariat international et qui se rallie, sans complexes, aux intérêts des États-Unis et de ses affidés dans chaque cas concret où elle intervient.

Cette situation est très dangereuse, justement parce que ces nouveaux théoriciens d’extrême-droite sont forts quand il s’agît de reprendre les drapeaux du socialisme que d’autres ont laissé tomber et traîner dans la boue.

En ce qui concerne le lien avec l’Amérique latine et le Venezuela en particulier, la nouvelle stratégie de l’extrême droite se tient. Ils essayent de récupérer deux grands sujets du chavisme et de la révolution bolivarienne : le patriotisme ou nationalisme et la foi religieuse. Ils essayent de transposer de façon quasi automatique la réalité vénézuélienne à la réalité française sans aucune analyse. Là est le point faible de cette idéologie qui prend de l’envol. Etant donné les différences qui existent entre les deux réalités, cette assimilation est naturellement absurde.

En réalité il existe deux sortes de nationalisme et « d’amour à la patrie ». Au Venezuela, comme dans les autres républiques latino-américaines – toutes des nations en construction, avec d’énormes problèmes d’identité et soumises historiquement à la volonté des puissances impérialistes – l’idée de Nation souveraine et de patriotisme est évidement une idée révolutionnaire qui ne peut conduire qu’à l’émancipation des peuples et à la révolution sociale contre la domination des oligarchies soutenues par l’impérialisme etatsunien.

Pour cela, Chávez à consolidé un mouvement de récupération de la mémoire historique autour de l’indépendance du Venezuela comme nation et autour de Simon Bolívar, comme un symbole de cette lutte pour la liberté et l’auto-détermination.

Par contre, le nationalisme en France, ne peut avoir qu’un sens tout à fait différent. Comme puissance politique le nationalisme, dans le pays développés et anciennes métropoles impériales, ne peut signifier que la nostalgie pour la suprématie perdue, la résistance à une décadence peut-être inévitable et une rentrée en force dans les enjeux de pouvoirs internationaux, tout en évoquant un passé magnifique.

Mussolini évoquait le grand Empire Romain, Hitler le Saint-Empire romain germanique, les Américains d’aujourd’hui, plus à court en mémoire historique, la libération européenne après la 2ème guerre mondiale. Dans tous les cas, le « nationalisme » prendra un sens réactionnaire comme véhicule de conduite politique. Voilà pourquoi le nationalisme et l’amour à la patrie qu’évoque la révolution bolivarienne n’est pas transmissible dans nos contrées.

L’autre point c’est le rôle de la religion en politique. Et là, Mélenchon du Front de Gauche, se trompe lourdement quand il nie ce rôle. Lénine avait donné une réponse très intelligente, dans un interview, à la question « Qu’est-ce que vous pensez de quelqu’un qui croit que le socialisme est une religion ? » et lui répondit : « Je pense que s’il s’agit d’un intellectuel de classe moyenne, il est en train de s’éloigner du socialisme pour se rapprocher de la religion ; mais s’il s’agit d’un ouvrier, il s’éloigne de la religion pour se rapprocher du socialisme. » Ceci éclaire bien le rôle de la religion en politique.

Evidemment, ce rôle prend des sens très différents selon les conditions de vie et la situation socio-culturelle des peuples concernées. Au Venezuela, comme dans la plupart des nations latino américaines, la foi religieuse catholique et dernièrement chrétienne, ont une très grande influence parmi les masses populaires et les prêtres exercent un pouvoir important comme « guides » de l’opinion pour beaucoup de monde. Aussi il existe un clivage souvent très fort entre les hiérarchies de l’Église et les prêtres en contact avec les besoins des couches défavorisées.

Ce n’est pas par hasard si c’est en Amérique Latine qu’a pris naissance la Théologie de la Libération ou l’Église du Tiers Monde, parfaitement compatibles avec les objectifs du socialisme et la révolution.

Chavez avait appris de l’expérience de Peron en Argentine dans les années 40 et sans doute aussi de l’importance de la religion dans les révolutions dans le monde musulman pendant ces trois dernières décennies. La conduite politique ne peut pas, au Venezuela tout au moins, négliger les ressources qu’offre la foi religieuse pour réussir une véritable unité nationale. De là les constantes invocations au Christ pour consolider et unir un rapport très solide, en coeur et en esprit, avec les masses populaires.

Mais en France, par exemple, ce « christianisme » ne peut que prendre un sens réactionnaire, voire anti-Islam et/ou antisémite. Dans les nations développées et puissances mondiales, pendant cette nouvelle expansion néo-coloniale, l’adhésion au catholicisme coïncide assez bien avec le « Choc de civilisations »* de Samuel Huntinton. Étant donnée la présence massive de population musulmane dans des nations comme la France, la religion comme véhicule politique d’unité nationale – à la différence du Venezuela – ne peut que conduire à des politiques discriminatoires et à des situations de confrontation.

Voilà pourquoi ces mouvements ne devraient pas être surpris d’être considérés comme fascistes, même s’ils remplissent leurs discours de principes et de slogans qui sont révolutionnaires sous d’autres latitudes.

Les frontières idéologiques deviennent floues et délibérément confuses lorsqu’elle sont pratiquées avec des stratégies politiques et électorales tels que décrites ici. Nous ne devons pas céder au « chant des sirènes » d’une droite en quête de popularité, chant qui peut être fascinant comme dans l’Odyssée d’Ulysse, mais qui nous mènera rapidement aux pires catastrophes.

Hugo Chavez avait dit un jour : « La conscience est le résultat de la connaissance. Pour cela il faut étudier, lire et beaucoup analyser »,

Aujourd’hui c’est plus nécessaire que jamais.

Bernard Tornare

Avec mes remerciements à Alberto Ruano, analyste et écrivain international, pour son aide précieuse à la préparation de ce billet.

* Huntington nous dit qu’il faut désormais penser les conflits en termes non plus idéologiques mais culturels :  » Dans ce monde nouveau, la source fondamentale et première de conflit ne sera ni idéologique ni économique. Les grandes divisions au sein de l’humanité et la source principale de conflit sont culturelles. Les États-nations resteront les acteurs les plus puissants sur la scène internationale, mais les conflits centraux de la politique globale opposeront des nations et des groupes relevant de civilisations différentes. Le choc des civilisations dominera la politique à l’échelle planétaire. Les lignes de fracture entre civilisations seront les lignes de front des batailles du futur.  » (Wikipedia)

SOURCE: Le Grand Soir

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