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UNE BELLE PAGE D’HISTOIRE D’HAITI : La Présidence de Cincinnatus Leconte ou un cas rarissime d’une saine gestion des Trésors Publics


Illustration. Dans l’histoire d’Haïti, trouver un président qui est au-dessus de tout soupçon dans la gestion des Trésors Publics, c’est comme chercher à cueillir des étoiles. Et le président actuel Michel Martelly n’ose faire exception à la règle, car il est la personnification même de la corruption la plus révoltante érigée en système de gouvernement dans le pays. Pourtant incroyable mais vrai, l’Histoire retient le nom de l’ancien président CINCINNATUS LECONTE, auquel elle rend justice pour son honnêteté et son respect des deniers publics. Malheureusement, son règne a duré seulement l’espace d’un cillement et Haïti ne pouvait pas continuer d’en bénéficier trop longtemps pour son redressement. Sur ce, nous invitons nos lecteurs à lire l’histoire de la présidence de CINCINNATUS LECONTE qui a fait honneur à la Nation. Cette page d’histoire est tirée de l’ouvrage « Quand la nation demande des comptes », écrit par l’historien Alain Turnier.

Morisseau Lazarre kamoy3@optimum.net

La Présidence de Cincinnatus Leconte

Proclamé Chef du Pouvoir Exécutif, Cincinnatus Leconte, par décret en date du 10, alloua la somme de 5000,000.00 gourdes à la population de Ouanaminthe mise à sac par l’armée d’Antoine Simon, et la même valeur aux généraux et soldat de la Révolution, à titre de récompense . Les dettes contractées par l’insurrection étaient reconnues par la nation (Le Moniteur, 16-19 août 1917).

Le compte de l’Etat haïtien à la Banque Nationale de République  d’Haïti, « Recettes et Paiements », accusait alors un débit de 206,267.10 gourdes. Et il allait faire face au paiement des salaires publics et services courants, du million de gourdes prévu par le décret du 10 août, de frais extraordinaires : ration de l’armée révolutionnaire, secours aux forces que le Président Antoine Simon avait jetées dans le Nord et qui, abandonnées de leurs chefs, refluaient à la Capitale par bandes nombreuses et pitoyables.

Elu le 14 août, le Président Cincinnatus Leconte fit voter le 22 août un emprunt intérieur de 2,500,000.00 gourdes pour répondre à ces diverses obligations (Le Moniteur, 23-26 août 1911).

Les récompenses et libéralités accordées par Cincinnatus Leconte, dès son arrivée au Pouvoir, aux soldats de la révolution, les cacos, appellation souvent associée au brigandage, son recours immédiat à l’emprunt intérieur, inévitables certes, mais source d’abus, de prévarication, eurent pour effet de renforcer les appréhensions. Si dans sa proclamation au peuple, il fustigea les détrousseurs des finances publiques et demanda à  tous de l’aider à assurer le respect du bien public, pareilles déclarations devenues comme une routine à l’inauguration de chaque mandat présidentiel, ne pouvaient être convaincantes. Seule une succession ininterrompue d’actes vertueux était susceptible de lui amener un peu de confiance.

Conscient du défi, Cincinnatus Leconte fit appel à des personnalités éminentes en leur assurant son appui total pour l’assainissement de l’Administration Publique : Tertullien Guilbaud, comme Ministre de l’Instruction Publique et de la Justice, Edmond Lespinasse, comme Ministre des Finances, Jacques Nicolas Léger, comme Ministre des Travaux Publics. Rapportant un entretien avec le Chef de L’Etat, le Ministre américain à Port-au-Prince, Furniss, écrivit au Département d’Etat : « Il a l’intention de laisser les détails de l’administration aux chefs des différents Départements » (Heinl & Heinl, Written in Blood. p. 362).

Une réforme en profondeur fut entreprise dans tous les services publics, particulièrement au Département des Finances. A ce sujet, le Ministre américain écrivait encore : « Les collecteurs de douane que vient de nommer le Président sont sans exception des hommes qui ont la réputation d’être honnêtes », (ibid). Grâce à une nouvelle convention budgétaire signée avec la Banque et à perception rigoureuse des impôts, le Gouvernement, sans recourir à de nouveaux  emprunts intérieurs, put faire face aux dépenses courantes, au service de la dette extérieure, au paiement à date fixe des salaires publics qui depuis environ quinze ans se faisait de façon irrégulière.

A l’honneur du Gouvernement, cette performance offrait un démenti aux détracteurs de la nation qui soutenaient que l’ordre administratif ne pouvait être établi par l’Haïtien, que seule la prise en charge de nos douanes par le Département d’Etat américain pouvait améliorer la condition haïtienne. En 1914, dans une lettre au Secrétaire américain, Bryan, le Vice-Président de la National City Bank, Farham, qui exerçait des pressions pour obtenir le contrôle de nos douanes, dut rendre  hommage à l’honnêteté de l’administration financière sous la Présidence de Leconte : « Sous l’administration du Président Leconte, un effort réel a été fait pour administrer honnêtement le pays. La direction de la Banque Nationale d’Haïti a estimé que pleinement 90% des revenus étaient effectivement perçus » (Alain Turnier, La Société des Baïonnetttes, p 167).

Les résultats immédiats de la réforme administrative et la grande modestie du Chef de l’Etat amenèrent la confiance populaire que le souvenir de la consolidation lui avait refusée à son avènement à la Présidence. Désormais l’évocation de ce souvenir lui apportait de préférence un hommage, un mérite. Selon l’expression de Dantès Bellegarde, « un homme nouveau était sorti épuré » de l’épreuve du grand procès (Dantès Bellegarde, Histoire du Peuple Haïtien, p. 233).

L’effort de redressement avait été entrepris avec détermination au risque de froisser de nombreux intérêts particuliers, dans la certitude même de mécontenter des secteurs influents. Dans son premier exposé de la situation, le Ministre Lespinasse déclarait : « La direction du Département des Finances est sur certains points une tâche ingrate. Pour réprimer les abus, ramener les habitudes de régularité, il importe à chaque moment de sacrifier l’intérêt privé à l’intérêt de tous. A semblable rôle, on perd la sympathie de ses amis, mais on sait être resté fidèle aux obligations qui naissent de la fonction occupée. Et même si le service n’est pas suffisamment apprécié, on a, du moins, le sentiment qui console du devoir accompli »

Le 8 août 1912, on le sait, le Président Cincinnatus Leconte disparaissait dans les flammes du Palais National. Peu avant la catastrophe, comme un funeste présage, des rumeurs avaient circulé concernant un mécontentement de proches collaborateurs du régime privés des sources habituelles de rapines par la discipline instaurée dans la gestion des finances publiques, une agitation des esprits dans le Nord et une révolte imminente des cacos (ibid, p. 236-237). Elles pouvaient être de simples palabres de propagandistes encouragés par les soubresauts incessants de la politique haïtienne, à jouer le rôle de Cassandre. Toutefois, le Chef de l’Etat lui-même, au cours d’un entretien avec Roger Farham, Vice-Président de la National City Bank, lui avait confié que selon des sources sérieuses sa vie était menacée du fait du contrôle rigoureux des rentrées fiscales ; certains collaborateurs lui avaient recommandé de relâcher ce contrôle sous peine de courir le risque d’être renversé (Roger Farham au Secrétaire d’Etat, William Bryan, cité par Heinl & Heinl, Written in Blood, p. 365). Il était fermement décidé à rester dans les voies difficiles de la vertu patriotique, prêt à affronter tous les périls pour la régénération morale et matérielle du peuple haïtien.

Ces sombres rumeurs et le vif émoi suscité par l’ampleur de la catastrophe inclinèrent un secteur de l’opinion à attribuer l’explosion du Palais à une action criminelle. De nos jours on pense généralement qu’elle est l’effet d’un accident : la déflagration naturelle d’un vieux lot de poudre emmagasiné dans des conditions non appropriées.

La nation affligée rendit hommage aux mérites exceptionnels de l’ancien consolidard, devenu un Chef d’Etat exemplaire, et lui fit des funérailles grandioses, « dignes des héros de la Grèce antique », selon l’expression d’un journaliste. Autour de ses restes carbonisés, Monseigeur Pichon, exprimant les regrets de tous, déclara :

« Comment, un homme parait, il y a juste un an, à une heure critique de notre histoire. A peine a-t-il pris en main les rênes du Pouvoir que l’ordre renait, la paix vient s’asseoir à tous les foyers, l’administration se réorganise, les finances redeviennent prospères, les plus grands desseins naissent, et les uns après les autres, se réalisent, et bientôt il n’est point d’espoirs qui ne nous soient permis. Et tout d’un coup cet homme puissant disparait. Un rien, une étincelle ou un choc malencontreux. Et de toutes ces espérances il ne nous reste que quelques débris douloureux, au fond d’un cercueil ! » (Alain Turnier, la Société des Baïonnettes).

N.B. – Dans sa proclamation au peuple à l’inauguration de son mandat, le successeur de Cincinnatus Leconte, le Président Tancrède Auguste, s’engagea à poursuivre l’œuvre de réorganisation entreprise par son prédécesseur qui « a droit à toute la reconnaissance nationales parce que dans les limites de sa tâche personnelle il a tout fait pour accroître la gloire et la prospérité du pays » (Ibid).

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