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POUR L’HISTOIRE: François Duvalier n’était pas un nationaliste (suite)


La politique, comme nous le savons, est le sujet de prédilection des Haïtiens qui se rencontrent dans les restaurants et les salons de coiffure. En effet, une vive discussion s’est élevée entre deux compatriotes il y a quelques jours dans un restaurant haïtien très fréquenté à Brooklyn où l’on débattait sur les déclarations de François-Nicolas Duvalier le 21 avril dernier dans un hommage rendu à feu son grand-père François Duvalier.

Tandis que l’un des protagonistes fustigeait Nicolas Duvalier et Me Osner Févry qui avait pris aussi la défense du monstre en cette occasion, l’autre de vociférer de toute la force de ses poumons que le peuple haïtien est ingrat et insensé, qu’il partage les points de vue de Nicolas Duvalier et Me Févry, car François Duvalier fut un grand nationaliste qui mérite sa place au Panthéon national. Mais le premier se sentait vexé et de déclarer que non, Duvalier ne possédait pas un atome de nationalisme, et qu’il avait travaillé au détriment de la nation. Par conséquent, il ne mérite pas l’estime du peuple. Façon de dire que sa place se trouve dans les poubelles de l’histoire.

Ce compatriote a tout à fait raison, car compte tenu des différents actes posés par François Duvalier depuis son ascension à la magistrature suprême jusqu’à son décès, on doit être un fanatique (le fanatisme est aveugle et souvent dépourvu de bon sens) pour oser dire qu’il avait un brin de nationalisme chez lui.

En fait, voici quelques informations que nous avons tirées du fameux ouvrage Papa Doc et les Tontons Macoutes de Bernard Diederich et Al Burt pour démontrer que Papa Doc n’était pas un nationaliste.

Les Marines foulaient une nouvelle fois le sol haïtien selon les vœux de Duvalier

« Lorsqu’il semble certain que les Marines vont arriver, Duvalier entreprend de faire un peu de ménage. On serre un peu plus la vis aux gens d’affaires. Un décret du 13 octobre 1958 interdit à toute entreprise de fermer ses portes ou même de faire faillite sans en avoir d’abord reçu permission. « il est de notre devoir d’empêcher tout ce qui pourrait compromettre la vie économique du pays. Dans certains cas, la fermeture d’établissements indusriels, commerciaux ou agricoles peut constituer un moyen de provoquer l’agitation sociale e politique. » Alors que l’économique du pays vacille, les faillites se font de plus en plus nombreuses. On laissera les portes ouvertes cependant, même si elles ne sont franchies que par des créanciers.

« (…) Faisant suite aux conversations qu’a eues Wieland, les Marines délèguent une mission temporaire dirigée par le major James T. Breckenridge. Celle-ci est chargée de mener à bien un projet pilote. Selon ses termes les recrues de l’armée haïtienne doivent recevoir un entraînement d’une durée de trois mois dispensé par les instructeurs américains. Ces derniers sont au nombre de dix. Au printemps précédent, une mission d’étude des Marines avait conclu qu’un tel projet était réalisable. On va donc essayer de traduire l’idée en pratique. Lors de la célébration du cent trente-huitième anniversaire de la fonction des Marines, Phillip Williams, le chargé d’affaires américain, fait remarquer à ses hôtes que la requête du gouvernement haïtien démontre la haute estime dans laquelle celui-ci tient leur corps d’élite (souligné par nous).

« (…) Au bout d’un mois, le général Mangrum arrive des États-Unis en voyage d’inspection. Il veut se rendre compte des progrès réalisés par les instructeurs. On fait donc évoluer les troupes haïtiennes qui font une démonstration de leur science nouvellement acquise en présence de leurs officiers, des Marines et aussi d’une foule de curieux attirés par l’événement. Après quoi c’est le général Flambert qui décore personnellement le général Mangrum, le colonel Croizart, le major Breckenridge et le capitaine Williams. Chacun se voit conférer l’ordre du Mérite militaire, fondé par Dessalines (souligné par nous). L’ironie du geste n’échappe pas aux Haïtiens. La haine légendaire du libérateur de la patrie à l’égard des Blancs est immortalisée dans une marche militaire : Dessalines pas vlé ouè Blancs (Dessalines ne peut pas voir les Blancs), et c’est cette même marche qui sera jouée pendant la parade.

« (…) Pendant que les exilés haïtiens se pressent se pressent vers la Havane on manifeste quelque inquiétude aux États-Unis sur l’opportunité d’envoyer de nouveau des instructeurs. Le chef de file de la majorité du Sénat, Mike Mansfield, engage vivement l’administration à « y aller doucement » en ce qui concerne la mission.

« Les Marines, quant à eux, ont déjà débarqué. A bord du S. S. Ancon est arrivé un détachement de quatre officiers et quatre  sous-officiers menés par le colonel Robert Debs Heinl Jr. Briqué à neuf selon la tradition, ce dernier a l’air martial d’un officier de l’armée des Indes.

« William Wieland, du State Department, lequel a été le conseiller du gouvernement pour les affaires cubaines, avise Heinl que Washington a décidé de soutenir Duvalier et que lui, Heinl, doit faire de son mieux pour suivre le même cours.

« Le jour qui suit son arrivée, ce dernier est présenté au palais par l’ambassadeur Drew. Duvalier entreprend d’expliquer à Heinl avec quelle rapidité la tension politique est en train de tomber. Il ajoute que le rôle principal des Marines – on a rebaptisé leur mission pour ne pas raviver de vieux souvenirs ; officiellement c’est une mission de la marine américaine – sera d’aider à maintenir l’armée haïtienne en dehors des querelles politiques. Duvalier fera également exercer une stricte surveillance sur ses hôtes.

« Le colonel Heinl va trouver une source précieuse de renseignements en la personne de Barbot, le chef tout-puissant des Tontons Macoutes devenu maintenant secrétaire particulier de Duvalier. C’est lui qui rappellera sèchement à l’ordre un membre du haut éta-major, lequel avait omis de déguiser son hostilité à l’égard des Marines. Six mois ne s’écouleront pas avant que l’homme soit rayé des effectifs . Les Américains vont devenir une cible commode pour les critiques de l’opposition. On commence à les appeler le Tontons Macoutes blancs. »

Le Môle-Saint-Nicolas offert aux États-Unis d’Amérique

« (…) Une fois l’agitation étudiante retombée, Duvalier accueille Victor Anfuso, membre new-yorkais du parti démocrate et député. Il donne une réception à la résidence en l’honneur de ce dernier et lui déclare qu’il est prêt à offrir aux États-Unis un port situé dans la partie nord-ouest de l’île. Il s’agit du Môle-Saint-Nicolas, que Washington a obstinément cherché à obtenir au cours du dix-neuvième siècle. Ce port, dit Duvalier, pourra être utilisé avantageusement en remplacement de Guantanamo à Cuba comme station de repérage de missiles et base navale. Ainsi donc, Duvalier, le féroce nationaliste et défenseur du sol haïtien, à l’entendre du moins, prend l’initiative bizarre de proposer un établissement permanent à une force armée étrangère. Cette attitude est en contradiction flagrante avec celle des personnages de l’histoire nationale qu’il salue du nom de patriotes. Dans l’intimité, les militaires américains avouent que la configuration de la baie se prête mal à l’établissement d’une base navale moderne. Quelques jours plus tard, les États-Unis annoncent qu’ils donnent à Duvalier 500 000 dollars pour améliorer les chaussées de la capitale dont les rues sont qualifiées de dangereuses pour la circulation. »

Alors, n’est-ce pas vrai que l’ancien boucher François Duvalier n’était pas un nationaliste ?

Morisseau Lazarre kamoy3@optimum.net

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