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Obama, les Etats-Unis et le monde musulman : l’animosité est en hausse. (The Guardian)


Glenn GREENWALD

Un nouveau sondage, effectué au Pakistan, montre qu’une promesse clé d’Obama d’améliorer la sécurité des Etats-Unis a totalement échoué.

Lors de son premier discours inaugural, prononcé en 2009, Barack Obama avait annoncé : «  Avec le monde musulman, nous voulons établir de nouvelles relations, basées sur un intérêt et un respect mutuel. » L’amélioration de l’image des Etats-Unis parmi les 1,6 milliards de Musulmans n’était pas un concours de popularité international mais considéré comme un enjeu vital pour la sécurité des Etats-Unis. Même le Pentagone avait reconnu depuis longtemps que la première cause du terrorisme anti-US était « l’attitude négative » envers les Etats-Unis : à l’évidence, la raison pour laquelle des gens dans ces parties du monde voulaient attaquer les Etats-Unis – et pas le Pérou ou l’Afrique du Sud ou la Chine – était parce qu’ils estimaient qu’ils avaient de bonnes raisons pour le faire.

Les plus fervents partisans d’Obama ont toujours salué sa soi-disant capacité unique à améliorer l’image des Etats-Unis dans le monde. Dans le premier d’une longue série d’odes à Obama, Andrew Sullivan écrivait en 2007 que, parmi les atouts innombrables d’Obama, « le premier et le plus important est son visage, » qui serait « l’opération de remodelage le plus efficace des Etats-Unis depuis Reagan ». Sullivan imaginait précisément un « jeune Pakistanais musulman » qui verrait Obama comme « le nouveau visage de l’Amérique » ; instantanément, affirmait Sullivan, « le soft power (le pouvoir par la propagande, par opposition au pouvoir par la force – NdT) de l’Amérique est monté non pas d’un cran, mais de façon exponentielle ». Obama serait « l’arme le plus simple mais le plus efficace contre la diabolisation de l’Amérique qui alimente l’idéologie islamiste » parce qu’il « prouve qu’ils se trompent sur l’Amérique à un point que les mots ne peuvent exprimer ». Sullivan expliquait pourquoi cela avait autant d’importance : « un tel remodelage n’est pas anecdotique – il est au cœur d’une stratégie de guerre efficace. »

Rien de tel ne s’est réalisé. En fait, c’est le contraire. Bien que difficile à imaginer, Obama dirige des Etats-Unis qui, par de nombreux aspects, sont désormais encore plus impopulaires dans le monde musulman qu’ils ne l’étaient sous George Bush et Dick Cheney.

C’est tout simplement un fait. Les sondages le confirment, les uns après les autres. En juillet 2011, le Washington Post écrivait : « L’espoir que le monde arabe avait placé il y a encore peu dans les Etats-Unis et le Président Obama a pratiquement disparu. » Citant un sondage dans de nombreux pays du Moyen Orient qui venait d’être publié, le Post expliquait : «  Dans la plupart des pays sondés, les opinions favorables aux Etats-Unis ont chuté à des niveaux plus bas que ceux de la dernière année de l’administration Bush. »

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En 2011, un sondage de l’American Arab Institute a montré que « dans le monde arabe, le taux d’avis favorables aux Etats-Unis a dégringolé. Dans la plupart des pays, le niveau est plus faible qu’à la fin de l’administration Bush, et plus faible que le taux d’avis favorables à l’Iran. » La même année, un sondage effectué en Egypte – sans doute le pays le plus important sur le plan stratégique dans la région et le site du discours du Caire prononcé par Obama en 2009 – a montré une popularité des Etats-Unis au même niveau ou même inférieur aux niveaux des années Bush. Un sondage de Pew en 2012 effectué dans six pays à majorité musulmane a montré des résultats similaires, sinon pires, par rapport aux années Bush, mais a aussi montré que la Chine était largement plus populaire dans cette partie du monde que les Etats-Unis. Dans cette région, les Etats-Unis et Israël sont encore considérés, et de loin, comme les deux plus grandes menaces pour la paix.

En résumé, tandis que les Européens persistent à aduler Obama, les Etats-Unis sont plus impopulaires que jamais dans le monde musulman. Un nouveau sondage Gallup publié jeudi et effectué auprès de l’opinion publique pakistanaise, fournit des preuves encore plus évidentes de cette dangereuse tendance. Selon les conclusions de Gallup, « plus de 9 Pakistanais sur 10 (92%) expriment leur désaccord avec les dirigeants US contre 4% qui les approuvent, soit le niveau le plus bas jamais atteint au Pakistan ». Pire encore, « une majorité (55%) disent que des interactions entre les sociétés musulmanes et occidentales constituent « plus une menace » [qu’un avantage], soit une augmentation significative par rapport aux 39% de 2011. » Le niveau de désaccord avec les Etats-Unis dans cette nation dotée de l’arme nucléaire a explosé sous Obama pour atteindre des niveaux records.

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Il n’est pas difficile d’en comprendre les causes. C’est même facile si on est capable d’un minimum d’empathie. Ce n’est pas – contrairement à ce que les occidentaux narcissiques aiment à se répéter – à cause d’un anti-américanisme enraciné, inhérent et primitif dans ces cultures. Au contraire, il y a un attrait significatif pour la culture US et « le peuple américain » dans ces pays, particulièrement parmi les jeunes.

Ce qui provoque cette hostilité généralisée envers les Etats-Unis est clair : les actions des Etats-Unis dans ces pays. Selon la conclusion d’une étude du Pentagone publiée à l’époque de Rumsfeld : «  les Musulmans ne détestent pas « nos libertés », mais détestent plutôt notre politique. » Plus précisément, c’est « l’intervention directe américaine dans le monde musulman » – justifiée au nom de la guerre contre le terrorisme – qui « de manière paradoxale renforce l’image et le soutien aux radicaux islamiques ».

Réfléchissez simplement à l’opinion qu’ont les Américains sur leurs bombardements incessants via des drones et l’opinion du reste du monde. Il n’est pas exagéré de dire que les Etats-Unis sont un état-voyou lorsqu’il s’agit de ses guerres par drones interposés, et qu’ils sont pratiquement les seuls à les approuver. Le sondage Pew de juin dernier a montré que « dans pratiquement tous les pays, il y a une opposition considérable à un des piliers de la politique anti-terroriste de l’administration Obama : les frappes par drones. » Le résultat était sans appel : « dans 17 pays sur 20, plus de la moitié désapprouve les attaques par drones des Etats-Unis contre des dirigeants et groupes extrémistes dans des pays tels que le Pakistan, le Yémen et la Somalie. » Ce qui signifie que les «  les Américains sont clairement isolés sur cette question. »

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Pour résumer, si vous bombardez continuellement un pays et tuez ses civils, non seulement les habitants de ce pays mais aussi cette partie du monde qui s’identifie à eux mépriseront de plus en plus le pays qui accomplit cet acte. Voilà l’ironie suprême, le paradoxe le plus inextricable, du discours US sur ces questions : la politique que les Etats-Unis justifient sans cesse en débitant le slogan sur le Terrorisme est précisément la cause de la haine anti-US et du terrorisme anti-US. C’est une évidence pour ceux qui comprennent un minimum la nature humaine, mais ces sondages le confirment sans conteste.

Le mois dernier, Robert Wright de Atlantic a annoncé qu’il allait cesser d’écrire régulièrement pour ce magazine afin de terminer son livre sur le Bouddhisme. Ce faisant, il a écrit un article extraordinaire (ce dont il a l’habitude) qui offre de nombreuses réflexions intéressantes. Hier, le blogueur Digby a souligné le passage clé relatif au sujet abordé ici :

« [1] Le plus gros problème du monde actuel est l’incapacité des gens ou de groupes à voir les choses du point de vue d’autres gens ou groupes – càd de se mettre à la place de « l’autre ». Je ne parle pas d’empathie dans le sens de partager littéralement les émotions de l’autre – ressentir sa douleur, etc. Je parle simplement de la capacité de comprendre le point de vue de l’autre. Par exemple, pour les Américains, cela signifierait pour eux de comprendre que si vous vivez dans un pays occupé par des troupes US, ou survolé par des drones US, vous pourriez ne pas partager l’opinion de nombreux Américains selon lesquels ces démonstrations de force sont des actes de bienveillance accomplis pour un bien supérieur. Vous pourriez même éprouver quelques ressentiments. Vous pourriez même commencer à détester les Etats-Unis.

« [2] La haine populaire est une menace bien plus grande pour les Etats-Unis – et pour les nations en général, et donc pour la stabilité et la paix dans le monde – qu’elle ne l’était auparavant. Les raisons en sont pour une grande part technologiques, et se manifestent principalement de deux manières : (1) la technologie a facilité la transformation de la haine, et son déploiement via des entités non-gouvernementales aux pouvoirs extrêmement dangereux ; (2) la technologie a érodé les pouvoirs autoritaires, rendant les gouvernements plus sensibles à la volonté populaire, rendant ainsi leurs politiques plus représentatives de leurs opinions publiques. Le résultat est que l’opinion publique à l’étranger envers les Etats-Unis a beaucoup plus d’importance (pour la sécurité des Etats-Unis) qu’elle n’en avait il y a quelques dizaines d’années en arrière.

« [3] Si les Etats-Unis ne consacrent pas leur domination qui s’effrite inexorablement à bâtir un monde où l’état de droit serait respecté, et où les normes internationales s’imposeraient, les Etats-Unis (et le monde) en souffriront. Par exemple, lorsque nous faisons à d’autres nations ce que nous qualifions nous-mêmes d’actes de guerre (comme le cyber-piratage) cela ne favorise à long terme ni notre sécurité, ni celle de nos alliés. Il en va de même lorsque nous envahissons des pays, ou les bombardons, en violation flagrante du droit international. Et il faudra bien nous pencher un jour sérieusement sur un véritable programme de non-prolifération nucléaire globale – un programme que nous voudrions faire respecter non seulement par nos ennemis, mais aussi par nos amis. »

Chaque fois que j’écris sur le niveau d’impopularité des Etats-Unis (qui deviennent de plus en plus impopulaires) dans le monde musulman, j’ai inévitablement des réactions de la part de grandes gueules pseudos-guerriers qui haussent les épaules en disant « qu’importe ce qu’Ils pensent de Nous ? » Cela importe pour les raisons précises invoquées par Wright : même si vous n’en avez rien à faire des bombardements et des assassinats constants, rien ne fait plus de tort aux intérêts et à la sécurité des Etats-Unis que de semer la haine anti-US à travers le monde. Dit autrement, ce sont précisément ceux qui soutiennent les agressions des Etats-Unis en invoquant le cliché des « méchants Terroristes » qui font le plus pour maintenir cette menace et l’aggraver inexorablement. Et, comme le dit Wright, ce n’est qu’une absence totale d’empathie pour l’autre qui peut expliquer cette incapacité à faire le lien.

Glenn Greenwald

Le Grand Soir

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