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Archives mensuelles de “février, 2013”

Les raisons de la démission du Pape


Eduardo Febbro
Les experts du Vatican expliquent que le pape Benoît XVI avait décidé de démissionner dès le mois de mars de l’année dernière, après un retour de voyage au Mexique et à Cuba. A cette période, le pape, qui incarne ce que le spécialiste et universitaire français Philippe Portier appelle une « lourde continuité » avec son prédécesseur Jean Paul II, découvre la première partie d’un rapport élaboré par les cardinaux Julián Herranz, Jozef Tomko et Salvatore De Giorgi. Dans ce document sont résumés les abîmes, en rien spirituels, dans lesquels l’Eglise est tombé : corruption, finances occultes, guerres fratricides pour le pouvoir, vol massif de documents secrets, luttes entre factions et blanchiment d’argent. Le résumé final insistait sur la « résistance au changement de la part de la curie et des nombreux obstacles posés aux actions demandées par le pape pour promouvoir la transparence ».
Le Vatican est un nid de hyènes enragées, un pugilat sans limites ni morale quelconque où la curie assoiffée de pouvoir fomente les dénonciations, les trahisons, les traquenards, le blanchiment d’argent, des opérations secrètes pour préserver ses prérogatives et privilèges face aux institutions religieuses et financières. Très loin du Ciel et très proche des péchés terrestres. Sous le mandat de Benoît XVI, le Vatican a été l’un des Etat les plus opaques du monde. Si Josef Ratzinger a soulevé le voile du silence sur les curés pédophiles, il n’a en rien modernisé l’Eglise, ni tourné la page de l’héritage d’affaires troubles léguées par son prédécesseur Jean Paul II.
Ce premier rapport des trois cardinaux a conduit, en août de l’année dernière, à la nomination du Suisse René Brülhart, un spécialiste en blanchiment d’argent qui a dirigé pendant huit ans la Financial Intelligence Unit (FIU) du Liechtenstein, autrement dit l’agence nationale chargée d’analyser les opérations financières douteuses. Brülhart avait pour mission de mettre la Banque du Vatican en syntonie avec les normes européennes dictées par le GAFI, le groupe d’action financière. Bien entendu, il n’y est pas parvenu.
Benoît XVI fut, comme le souligne Philippe Portier, un continuateur de l’œuvre de Jean Paul II : « Depuis 1981, il a suivi les pas de son prédécesseur, co-rédigeant plusieurs de ses textes tels que la Condamnation des théologies de la libération dans les années 1984-1986, l’Evangelium Vitae de 1995 sur la doctrine de l’Eglise par rapports aux questions de la vie, ou encore Splendor Veritas, un texte fondamental rédigé à quatre mains avec Wojtyla ». Ces deux derniers textes cités par l’expert français constituent un résumé pratique de la vision réactionnaire de l’Eglise sur les questions politiques, sociales et scientifiques du monde moderne.
La seconde partie du rapport des trois cardinaux fut présentée au pape en décembre dernier. Depuis lors, la démission s’est posée d’une manière irrévocable. En plein marasme et avec une quantité de couloirs qui conduisent à l’enfer, la curie romaine a agi comme n’importe quel autre Etat. Elle a cherché à imposer une vérité officielle avec des méthodes modernes. Elle a contracté pour ce faire les services du journaliste nord-américain Greg Burke, membro de l’Opus Dei et ex membre de l’agence Reuters, de la revue Time et de la chaîne Fox. Burke avait comme mission d’améliorer l’image détériorée de l’Eglise. « Mon idée est d’apporter de la clarté » avait-il déclaré en assumant son poste. Trop tard. Il n’y a plus rien de clair dans le sommet de l’Eglise catholique.
La divulgation des documents secrets du Vatican orchestrée par le majordome du pape, Paolo Gabriele, et bon nombre d’autres mains invisibles, fut une opération savamment montée dont les ressorts restent toujours mystérieux : une opération menée contre le puissant secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone, une conspiration destinée à pousser Benoît XVI à la démission et à placer un Italien à sa place, ou encore une tentative de freiner la purge interne en cours ? En tous les cas l’avalanche de secrets révélés, les « vatileaks », ont submergé la tâche de nettoyage qui incombait à Burke. Un enfer avec des anges peints sur les murs n’est pas facile à redessiner.
Benoît XVI a donc été écrasé par les contradictions qu’il a lui-même suscité. Ces dernières sont telles que, dès que sa démission fut rendue publique, les traditionnalistes de la Fraternité de Saint Pie X fondée par Monseigneur Lefebvre ont salué la figure du pape. Ce qui n’est pas étonnant : l’une des premières tâches menées par Ratzinger a consisté à supprimer les sanctions canoniques adoptées contre les partisans néofascistes et ultra-réactionnaires de Monseigneur Lefebvre et, par conséquent, à légitimer au sein de l’Eglise ce courant rétrograde qui, de Pinochet à Videla, a toujours soutenu presque toutes les dictatures d’extrême droite du monde.
Philippe Portier souligne que le pape « s’est laissé dépasser par l’opacité qui s’est installée sous son règne ». Et la première cause n’est pas doctrinale mais financière. Le Vatican est un gestionnaire d’argent opaque et de nombreuses querelles qui ont été mises en lumière depuis un an ont à voir avec les finances, les comptes maquillés et les opérations illicites. Tel est l’héritage financier légué par Jean Paul II et qui, pour de nombreux spécialistes, explique la crise actuelle. L’Institut pour les Œuvres de la Religion (IOR), autrement dit la banque du Vatican, fondé en 1942 par Pie XII, fonctionne dans une opacité totale. En janvier, à la demande de l’organisme européen de lutte contre le blanchiment d’argent, Moneyval, la Banque d’Italie a bloqué l’utilisation des cartes de crédit au sein du Vatican à cause du manque de transparence et des failles manifestes dans le contrôle du blanchiment d’argent. En 2011, les cinq millions de touristes qui ont visité le Vatican ont laissé 93,5 millions d’euros dans ses caisses via des paiements par cartes. Ils devront maintenant payer en liquide. L’IOR gère plus de 33.000 comptes par lesquels circulent plus de 6 milliards d’euros. Son opacité est telle qu’il ne figure pas dans la « liste blanche » des Etats qui participent au combat contre les transactions illégales.
En septembre 2009, Ratzinger avait nommé le banquier Ettore Gotti Tedeschi à la tête de la banque du Vatican. Proche de l’Opus Dei, représentant du Banco de Santander en Italie depuis 1992, Gotti Tedeschi a participé à la préparation de l’encyclique sociale et économique Caritas in veritate, publiée par le pape en juillet 2012. L’encyclique demande plus de justice sociale et des règles plus transparentes pour le système financier mondial. Tedeschi avait comme objectif de remettre de l’ordre dans les eaux troubles des finances vaticanes. Les comptes du Saint-Siège sont labyrinthe de corruption et de blanchiment d’argent dont les origines connues remontent à la fin des années 1980, quand la justice italienne émit un ordre d’arrestation contre l’archevêque nord-américain Paul Marcinkus, surnommé « le banquier de Dieu », président de l’Institut pour les Œuvres de la Religion et principal responsable des investissements du Vatican à l’époque.
Marcinkus était un adepte des paradis fiscaux et était très ami avec les mafias. Jean Paul II utilisa l’argument de la souveraineté territoriale pour éviter sa détention et le sauver de la prison. Ce qui n’est pas étonnant car il lui devait beaucoup : dans les années 1970 et 1980, Marcinkus avait utilisé la Banque du Vatican pour financer secrètement le syndicat polonais Solidarnosc soutenu par Wojtyla. Marcinkus a terminé ses jours en jouant au golf dans l’Arizona en laissant un gigantesque trou noir de pertes (3,5 milliards de dollars), d’investissements mafieux et aussi quelques cadavres.
Le 18 juin 1982 apparu un corps pendu sous le pont de Blackfriars à Londres. Il s’agissait de Roberto Calvi, présidente de la Banque Ambrosiano et principal partenaire de l’IOR. Son suicide apparent révélait une immense trame de corruption qui incluait, outre la Banque Ambrosiano, la loge maçonique Propaganda 2 (plus connue comme P-2), dirigée par Licio Gelli, et la Banque du Vatican dirigée par Marcinkus. Gelli s’est réfugié à temps en Argentine, où il avait déjà opéré aux temps du général Lanusse dans une opération appelée « Gianoglio » afin de faciliter le retour de Perón.
Gotti Tedeschi fut donc investit d’une mission quasi impossible et il n’est resté que trois années à la tête de l’Institut pour les Œuvres de la Religion. Il fut licencié de manière brutale en 2012 pour « irrégularités dans sa gestion ». Entre autres irrégularités, la justice de Rome a découvert un versement suspect de 30 millions de dollars entre la Banque du Vatican et le Crédit Artigiano. Le transfert s’est fait à partir d’un compte ouvert au Crédit Credito Artigiano mais fut bloqué par la Justice à cause de son manque de transparence. Tedeschi quitta donc la banque quelques heures après l’arrestation du majordome du pape et juste au moment où le Vatican était sous enquête pour violation des normes contre le blanchiment de capitaux. En réalité, son expulsion constitue un autre épisode de la guerre entre factions. Quand il prit ses fonctions, Tedeschi commenca à élaborer un rapport secret où il consigna ses découvertes : comptes chiffrés où l’ont cachait de l’argent sale de « politiciens, d’intermédiaires, de constructeurs immobiliers et de hauts fonctionnaires de l’Etat ». Même Matteo Messina Denaro, le nouveau chef de la Cosa Nostra, avait son argent placé dans l’IOR. C’est là que commenca le malheur de Tedeschi. Ceux qui connaissent bien le Vatican allèguent que ce banquier fut victime d’un complot monté par des conseillers de la banque avec le soutien du secrétaire d’Etat, Monseigneur Bertone, un ennemi personnel de Tedeschi, et responsable de la commission de cardinaux qui surveille le fonctionnement de la banque. La destitution de Tedeschi s’est accompagnée par la diffusion d’un « document » qui le mêle à la fuite des documents volés au pape.
Bien plus que les querelles théologiques, c’est l’argent et les comptes occultes de la Banque du Vatican qui semblent composer la trame de la démission inédite du pape. Un nid de corbeaux pédophiles, de comploteurs réactionnaires et de voleurs assoiffés de pouvoirs et capables de tout afin de défendre leur faction : telle est la terrible image de décomposition morale laissée par la hiérarchie catholique. Rien de bien différent du monde dans lequel nous vivons. Corruption, capitalisme assassin, protection des privilégiés, circuit de pouvoir qui s’auto-alimente et se protège, le Vatican n’est rien d’autre que le reflet de la décadence du système lui-même.
Eduardo Febbro
Publié dans le journal argentin « Pagina 12 » :http://www.pagina12.com.ar/diario/elmundo/4-213961-2013-02-16.html
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera http://www.avanti4.be/analyses/article/les-veritables

http://www.legrandsoir.info/quelques-reflexions-sur-le-mali.html

Le sabre et le goupillon : le retour


Comment Ratzinger a anéanti l’église du peuple en Amérique latine

Marc VANDEPITTE

Joseph Ratzinger est essentiellement connu comme pape mais ses principaux faits d’armes, il faut les chercher durant la période où il était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. En cette qualité il fut en effet l’architecte d’une des plus vastes campagnes idéologiques et politiques de l’après-guerre, ce qu’on a appelé la « Restauration ».

Néoconservatisme

En 1978 Karol Wojtila (nom du pape Jean-Paul II, ndlr) est appelé à diriger la plus grande communauté religieuse du monde. Il se trouve devant une église post-conciliaire en état de crise profonde : assistance à la messe et vocations en chute libre, nombre élevé de divorces entre catholiques, rejet de l’autorité papale en matière de contrôle des naissances ; un monde plein d’hérésie.

Il veut un virage radical. Plus de risques, plus d’expériences, c’en est fini des réflexions et des interventions. On garde sans doute les textes du Concile mais on en enterre l’esprit. Le pape se prépare à une politique ecclésiale centralisée et orthodoxe, accompagnée d’un réarmement moral et spirituel.

Pour ce faire il joue habilement du climat de cette époque qui présente d’ailleurs bien des ressemblances avec le nôtre. Au milieu des années 1970 commence une profonde crise économique. Le climat mental optimiste des années 1960 bascule et se caractérise par une aspiration à la sécurité et à la protection, le recours à une autorité – de préférence charismatique –, un réveil éthique, la fuite dans le domaine privé et l’irrationnel, etc.

C’est sur cet arrière-plan que se développe le « néoconservatisme ». Ce nouveau conservatisme ne se cantonne plus sur la défensive mais lance au contraire une offensive politique et idéologique. Ce courant est porté par de « fortes » personnalités, comme Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Jouant habilement des mass media, ils traduisent une tendance mondiale à accueillir un sauveur, la développent avec des représentations du monde simplistes, rayonnent d’assurance et d’optimisme, etc.

Le rottweiler de dieu

Un casse-tête encore plus important pour le pape, c’est la montée d’une église populaire progressiste en Amérique Latine. Wojtyla est polonais et anticommuniste jusqu’à la moelle ; combattre marxisme et communisme dans le monde est un des buts de sa vie. Comme l’influence du marxisme est indéniable dans l’église de la base et dans la théologie de la libération, il mettra tout en œuvre pour ramener le continent dans le droit chemin.

Pour ce faire, il compte sur Ratzinger qui a été nommé en 1981 Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, en quelque sorte le Ministère de l’idéologie et de l’information du Vatican. Il exerce ces fonctions pendant un quart de siècle et il en fera le meilleur usage pour imprimer sa marque sur les événements.

Ratzinger devient l’architecte d’une offensive pastorale et ecclésiale d’envergure à laquelle il donne lui-même le nom de « Restauration ». Le but est le renforcement de l’appareil de direction central et la dislocation de toute forme de dissidence à l’intérieur de l’église. Ratzinger se révèle bientôt un véritable grand-inquisiteur, ce qui lui vaudra le nom de « rottweiler de dieu ».

Toute l’église catholique est visée mais les flèches sont surtout dirigées vers l’Amérique Latine et c’est là que l’impact politique est de loin le plus important. Nous nous bornerons donc dans la suite de l’article à ce continent

L’anéantissement de l’église du peuple et de la théologie de la libération

La première démarche est l’établissement d’une base de données reprenant les conférences épiscopales, les théologiens de la libération, les religieux progressistes, les projets pastoraux suspects, etc. Dans presque tous les diocèses sont nommés des évêques et des cardinaux ultra-conservateurs et ouvertement de droite. Rien qu’au Brésil sont nommés une cinquantaine d’évêques conservateurs. A la fin des années 1980 cinq des 51 évêques péruviens sont membres de l’Opus Dei. Le Chili et la Colombie suivent le même chemin. Des évêques dissidents sont mis sous pression, certains reçoivent des lettres d’avertissement ; à d’autres il est interdit de voyager ou on leur demande des comptes.

Cette politique de nominations est d’autant plus grave que l’épiscopat joue un rôle important dans ce continent. Dans bien des cas c’est la seule opposition possible à la répression militaire, à la torture, etc. Si les évêques du Brésil et du Chili s’étaient tus, comme l’ont fait ceux d’Argentine, le nombre de victimes de la répression eût été bien plus élevé.

Aux niveaux inférieurs aussi on a fait le ménage. On retravaille la formation des prêtres en mettant sous pression séminaires et instituts de théologie, en les réorientant ou en les fermant. On tente de mieux contrôler les religieux qui sont souvent protagonistes de l’église de la libération. Une attention spéciale est accordée aux théologiens. Ils sont dorénavant tenus en respect en leur faisant prêter le nouveau serment de fidélité.

En 1984 Ratzinger rédige l’« Instruction de la Sainte Congrégation pour la Doctrine de la foi au sujet de quelques aspects de la théologie de la libération ». Il y attaque de front les théologiens de la libération, surtout ceux d’Amérique Latine. Un an plus tard, il est interdit à Leonardo Boff, une des figures de proue de ce mouvement, de s’exprimer. La mainmise sur les journaux catholiques est renforcée : là où on le juge nécessaire, on les censure, le conseil de rédaction est remplacé ou le journal est mis sous pression financière.

Les projets pastoraux progressistes sont mis sous contrôle ou même on y met fin. En 1989 le Vatican cesse de reconnaître l’Association internationale de la jeunesse catholique, beaucoup trop progressiste. Elle doit céder la place au CIJOC, confessionnel et opposé à la gauche.

A côté de la destruction de tout ce qui est progressiste, de gigantesques projets sont mis en route pour ramener les croyants dans le droit chemin. Evangélisation 2000 et Lumen 2000 sont des projets à grande échelle visant l’Amérique Latine, qui n’ont pas moins de trois satellites à leur disposition. Les projets sont établis par des personnes et des groupes de droite ultra-conservateurs : Communione e Liberazione, Action Marie, Renouveau catholique charismatique, etc. Les collaborateurs de ces géants de la communication comparent leurs activités à une sorte de nouvelle « puissance de lumière ».

Ceux qui savent lire sont inondés de livres religieux édités à bon marché. Des retraites sont organisées pour les prêtres et les religieuses. Pour ces projets à grand spectacle le sommet de la hiérarchie catholique peut compter sur l’appui financier du monde des affaires.

Croisade anticommuniste

Rien n’est laissé au hasard. Un à un tous les piliers de l’église du peuple d’Amérique Latine sont écartés. Des observateurs parlent du démantèlement d’une église. Nous avons ici affaire à l’une des campagnes idéologiques et politiques les plus importantes de l’après-guerre.

Cette campagne est en phase avec la croisade anticommuniste de la Guerre froide. On peut aussi y voir une revanche des USA après la perte de puissance des années précédentes.

Pendant les années 1960 et 1970 les pays du Tiers Monde ont en effet renforcé leur position sur le marché mondial. Ils ont arraché des prix plus élevés pour les matières premières et ont ainsi amélioré leur pouvoir d”achat sur le marché mondial. Le point culminant est la crise du pétrole de 1973. En 1975 le Vietnam inflige une cinglante défaite aux Etats-Unis. Peu après la Maison Blanche est humiliée par deux fois d’abord par la révolution des sandinistes dans leur arrière-cour (1979), puis par le drame des otages en Iran (1980). Dès son arrivée au pouvoir Reagan se sent en outre menacé par l’attitude d’indépendance économique de deux Etats aussi importants que le Mexique et le Brésil.

La Maison Blanche ne baissa pas les bras et déclencha une contre offensive sur plusieurs fronts. La théologie de la libération fut une des cibles les plus importantes. Dès la fin des années 1960 la théologie de la libération, encore à un stade embryonnaire, fut considérée comme une menace pour les intérêts géostratégiques des USA, comme en témoigne le rapport Rockefeller.

Dans les années 1970 furent créés des centres théologiques qui devaient engager le combat contre la théologie de la libération. Mais c’est surtout à partir des années 1980 que cette contre offensive atteignit sa vitesse de croisière. Les Etats-Unis versèrent des milliards de dollars pour soutenir la contre-révolution en Amérique Latine. Cette sale guerre a fait des dizaines de milliers de victimes. Escadrons de la mort, paramilitaires, mais aussi l’armée régulière ont fait la sale besogne. Dans les rangs des mouvements chrétiens de libération sont tombés beaucoup de martyrs. Les plus connus sont Mgr Romero et les six jésuites du Salvador.

Pour combattre la théologie de la libération sur son propre terrain, on introduisit des sectes protestantes. Elle reçurent un soutien financier massif des USA. Par des slogans racoleurs et des messages sentimentaux elles devaient essayer d’attirer les croyants. Pour les arracher à l’influence pernicieuse de la théologie de la libération, on a fait usage de moyens électroniques coûteux. La religion se révèle ici opium du peuple sous sa forme la plus pure. L’armée aussi est enrôlée dans cette guerre religieuse. Des officiers supérieurs des armées latino-américaines ont rédigé un document pour donner consistance au « bras théologique » des forces armées.

Mission accomplie

Les efforts combinés de Ratzinger et de la Maison Blanche ont été payants. Dans les années 1990 un coup très dur a été porté à l’église de la base en Amérique Latine. Bien des groupes de base cessent d’exister ou fonctionnent encore à peine par manque de soutien pastoral, par crainte de la répression, parce qu’on ne croit plus à la percée espérée, ou simplement parce qu’ils sont liquidés physiquement. L’optimisme et l’activisme des années 1970 et 1980 font place au doute et à la réflexion. L’analyse de la société perd de son poids au profit de la culture, de l’éthique et de la spiritualité, tout profit pour Ratzinger.

Globalement le centre de gravité passe de la libération à la dévotion, de l’opposition à la consolation, de l’analyse à l’utopie, de la subversion à la survie. Le récit de l’Exode fait place à l’Apocalypse et aux Apôtres.

A la fin du siècle l’église de la base n’est en tout cas plus une menace pour l’establishment. Tant le Vatican et le Pentagone que les élites locales d’Amérique Latine ont pour le moment un souci de moins. Cette trêve prend bientôt fin avec l’élection de Chavez à la présidence du Venezuela, mais ceci est une autre histoire.

En 2005 Rarzinger est récompensé pour le succès de son œuvre de restauration et élu à la tête de l’église catholique. Mais il est bien moins brillant comme manager que comme inquisiteur. C’est finalement un pape faible. Il laisse une institution affaiblie, menacée par un manque de prêtres et un dessèchement à l’ouest ainsi que par des scandales répétés. Il ne réussit pas à mettre de l’ordre dans les affaires du Vatican, peut-être une des raisons pour lesquelles il abdique.

Ratzinger entrera dans l’histoire avant tout comme celui qui a accompli la restauration de l’église catholique et mis l’église du peuple d’Amérique Latine hors d’état de nuire. Ce ne sont pas des mérites négligeables.

Marc Vandepitte

Pour les sources de cet article voir La crise de la Théologie de la libération et le marxisle religieux (en néerlandais).

Source en français : http://www.michelcollon.info/Comment-Ratzinger-a-aneanti-l.h…

Le vrai catalyseur de l’abdication du pape


Joseph RatzingerSelon un reportage paru dans le journal italien La Repubblica, l’abdication du Pape Benoît XVI est la résultante de plusieurs facteurs, mais dont le catalyseur est le dossier de deux volumes de 300 pages compilé par trois cardinaux chargés d’investiguer le vol des documents du Vatican, baptisé vatileaks.

Le dossier a exposé une curie qui se fait subir du chantage pour des actes de « nature mondaine », c’est-à-dire immoralité sexuelle, impureté, désirs sataniques, ect.

Le rapport a eu l’effet d’une bombe sur le souverain pontife. Car le jour même, soit le 17 décembre 2012, où celui-ci a reçu le dossier, a informé La Repubblica, sa réaction fut instantanée : il décida d’abdiquer ; et quelques jours après, il prêchait avec véhémence contre l’homosexualité et le mariage entre homosexuels, qu’il a défini comme étant la « manipulation de la nature ».

Les trois cardinaux investigateurs ont découvert plusieurs factions au Vatican, dont les membres sont unis par leur orientation sexuelle.

La Repubblica, citant une source haut placée au Vatican, a révélé que les membres du clan homosexuel, dont certains cardinaux, faisaient l’objet d’influence extérieure et de chantage de la part des laïcs avec qui ils ont eu des relations contre-nature.

Le rapport a été préparé par les cardinaux suivants : l’espagnol Julian Herrantz, le slovaque Josef Tomko et l’italien Salvatore Di Giorgi. Il sera remis au prochain pape aussitôt élu.

Joseph Ratzinger devenu Pape Benoît XVI en 2005 à 78 ans, a annoncé sa démission le 11 février dernier, en tant que leader de l’Église Catholique Apostolique Romaine, citant son age et sa fragilité physique lui empêchant de continuer à faire face à la rigueur omniprésente de ses responsabilités papales. Sa démission sera effective le 28 février prochain.

Morisseau Lazarre kamoy3@optimum.net

L`Archeveque du Cap-Haitien estime la situation socio-politique du pays mure pour des mouvements sociaux et le president tres mal encadre


(AHP) – L`Archeveque du Cap-Haitien, Mgr Louis Kébreau a fait savoir mercredi que la situation desastreuse dans laquelle vit la population haitienne est mure pour des mouvements sociaux, et que les Haitiens sont un peuple pacifique.Un peuple qui a peur de prendre des risques pour préparer son avenir est voué à l`échec. Ce qui l`attend c`est chaos et la confusion, a dèclare l’ancien president de la Conference episcopale d’Haiti (CEH).
 Le prélat qui fut tres favorable au president Michel Martelly et qui lui avait meme suggere des pistes de travail lors de son investiture le 14 mai 2011, estime aujourd`hui que les dirigeants se sont ecartes de la bonne voie.
Selon lui,  le chef de l’Etat  est très mal encadré.
« Ceux qui entourent le president l`empêchent de voir au-delà de ce qui est visible physiquement, a martele l’Archeveque du Cap-Haitien, ajoutant que ce qui se fait aujourd’hui est une affaire de famille, de clans et de petits amis.
Il a dénonce ce qu`il appelle l`absence de projets de société, la désorganisation des institutions, ce qui, fait-il remarquer, permet à l`étranger de se mêler a outrance des affaires internes du pays.
Il a cite entre autres les difficultés auxquelles nous sommes confrontés pour réaliser les élections, rappelant que  c`est l`organisation des Etats Américains (OEA) qui avait décidé qui devait remporter les dernières présidentielles haïtiennes.

Commission bicamerale : le senateur Steven Benoit accuse les deputes de se laisser manipuler par l`Executif ; des organisations de la societe civile denoncent pour leur part des manoeuvres visant a empecher la tenue des electioons en 2013


(AHP) – La commission bilatérale chargée de désigner les représentants du corps législatif au collègue transitoire du conseil électoral permanent (CTCEP), n’aura peut-être pas fait long feu.
Selon le sénateur Steven Benoit, membre de ladite commission qui a stoppé ses activités moins de 48 heures après son installation, ne devrait pas reprendre le travail, les divergences étant trop évidentes entre les députés et les sénateurs.
D`un côté, les députés  veulent avoir la possibilité de désigner des conseillers électoraux et de l’autre, les sénateurs qui entendent laisser aux groupes organisés de la société civile le soin de faire des propositions.
Steven Benoît a défendu la position de ses collègues de la chambre haute en faisant remarquer que, parmi les députés qui veulent désigner des conseillers électoraux, il y a de potentiels candidats au Sénat.
Il appelle les présidents des deux branches du parlement à faire montre de leadership pour résoudre le problème.
Le président du bloc parlementaire pour le renforcement institutionnel (PRI) Sadrack Dieudonné dénonce ses collègues du PSP pro-goyuvernemental  qu`il accuse de bloquer les travaux de la commission.
Le député des Gonaïves estime que les membres du PSP se laissent manipuler par l`Exécutif qui, dit-il, n`a aucune volonté d`organiser les élections.
Il indique que le bloc majoritaire ne sert que les intérêts du pouvoir en place alors qu’ils sont cense travailler au profit de la population.
Des organisations de la société civile et de droits humains dénoncent le piétinement du processus de  mise en place de l`organe appelé à réaliser les prochaines élections.
Elles appellent les protagonistes à accélérer les démarches en vue de favoriser la réalisation cette annee du prochain scrutin.
Le responsable du Conseil National des Acteurs Non Etatiques, Edouard Paultre estime que les parlementaires proches du pouvoir sont ceux-là qui font trainer le processus pour retarder l`organisation des compétitions électorales.
 Le directeur exécutif de l`initiative de la société civile, Rosny Desroches estime lui que l`Exécutif est le principal responsable de la crise du conseil électoral.
 Il appelle les différents acteurs de la vie nationale à presser les autorités d`organiser les élections pour éviter que le pays ne sombre dans une crise institutionnelle et l`instabilité politique.
M. Desroches a également dénoncé un plan du pouvoir en place qui viserait, a-t-il dit, à contrôler l`organe appelé à réaliser les prochaines élections.
Le secrétaire exécutif de la plateforme des organisations de droits humains, Anthonal Mortimé, rend lui aussi le président Martelly responsable de la crise du conseil électoral.
M. Mortimé  a, par ailleurs, dénoncé des menaces sur les libertés individuelles et publiques. Il a fait savoir que la POHDH est prête à accompagner les acteurs de la vie nationale dans la lutte pour  le respect des droits humains.

Le peuple équatorien martèle son choix


President CorreaSi l’impérialiste américain, de par son arrogance, a encore le pouvoir de chantage et de menace à cause de sa puissance militaire, cependant il n’a plus le pouvoir de domination qu’il exerçait avant les années 1990 sur l’ensemble des peuples des Amériques. Car, sur l’impulsion des dirigeants progressistes armés du principe du droit naturel, renforcé de l’arme de la dialectique, la majorité des peuples des Amériques n’ont plus cette peur bleue de la bête ensanglantée. Ils sont devenus forts en se redécouvrant en tant qu’humains et magiciens de leurs propres destinées.

C’est dans cette optique que le peuple équatorien, malgré les menaces et chantages du gouvernement étasunien, vient de plébisciter le président Rafael Correa à travers des élections libres et démocratiques. Donc un autre mandat on ne peut plus solide, indiscutable pour Correa qui a glané plus de 60 pourcent des voix contre 20 pourcent pour son plus proche rival, l’ancien banquier Guillermo Lasso.

Le président Correa, cet adepte du « socialisme du XXIe siècle », initié par le président Hugo Chavez,  est reconnu internationalement pour son dynamisme et son pragmatisme. Mais il est surtout aimé par ses compatriotes pour son patriotisme, sa vision révolutionnaire, progressiste et sa verticalité.

C’est en vertu de ces qualités que le président équatorien a pu apporter la stabilité politique dans son pays qui avait connu une succession de sept présidents en l’espace de dix ans, avant d’être choisi par son peuple en 2007, pendant que l’Equateur était très divisé.

C’est à cause de ces qualités que Correa a redonné l’espoir aux plus démunis, aux laissés-pour-compte de la société équatorienne, en mettant en place un plan progressiste de développement national à même de relever le niveau de vie de ses compatriotes.

Le président Rafael Correa est l’une des figures de proue de la résistance contre l’hégémonie impériale de l’Oncle Sam dans les Amériques, plus particulièrement dans son pays qui ne pouvait pas connaitre la paix à cause de la division qui y régnait. Stratégie de l’impérialisme américain pour mieux asseoir sa domination sur le pays. Le président équatorien, à cause de sa politique de redressement national à tous les niveaux, a pu réconcilier le pays. C’est pourquoi il vient d’être plébiscité, car, contrairement à sa première élection, cette fois, ce sont toutes les régions du pays qui l’ont largement voté.

Enfin  nous pouvons dire que l’Equateur est libre et ses fils jouissent pleinement de sa souveraineté. Fini le temps de la peur. Fini le temps de la démocratie imposée. Fini le temps de la mendicité. Fini le temps du yes sir. Fini le temps du bradage des ressources nationales. Fini le temps de la honte.

Pouvons-nous dire autant pour Haïti ? Malheureusement, la réponse est un NON résonné et au pluriel.

Compliments au peuple équatorien !

Compliments au président Raphael Correa qui fait de la lutte contre l’impérialisme sa raison de vivre et du bonheur de son peuple son credo ! Et ce n’est pas sans raison qu’il a dit, après avoir remercié ses compatriotes : « Rien pour nous, tout pour les autres. Viva la patria !

Morisseau Lazarre kamoy3@optimum.net

Haïti: une dictature en gestation


On en parle depuis qu’il est hissé à la présidence par les faiseurs de roi étasuniens : Michel Martelly, qui n’a jamais caché ses folies makout, veut ressusciter l’ère duvaliérienne dans le pays.

Toutes les dérives de Martelly portent l’empreinte makout, depuis l’affaire Bélizaire jusqu’à la dernière en date, à savoir la décision d’exclure certains groupes musicaux du défilé carnavalesque au Cap Haïtien, la deuxième ville du pays, parce qu’ils ont osé fustiger le pouvoir en place à travers leur merengue, plus particulièrement Martelly lui-même et son Premier ministre.

Et l’on peut remarquer que contrairement dans l’affaire Bélizaire, Martelly, dans cette dernière action,  n’a pas agi dans l’ombre et n’a pas menti. Il a fait des déclarations à la télévision à travers lesquelles il a assumé fièrement sa responsabilité, comme pour lancer un défi à toute la nation.

Donc, à bon entendeur, salut ! La dictature est à nos portes ! Les VSN au foulard rouge sont remplacés par « Le » Police au bracelet rose ! Malheur à ceux qui s’obstinent dans leur complaisance et qui nient la réalité ! Martelly veut faire régresser Haïti à l’ère duvaliérienne, quand la vérité et le droit étaient faits prisonniers des caprices des tyrans rétrogrades – père et fils – au pouvoir.

Voulons-nous voir les acquis démocratiques gagnés de hautes luttes s’envoler en fumée, ou disparaitre comme une goutte d’eau dans le sable ?

Voulons-nous voir le pays relégué à l’ère sombre des makout ou des escadrons de la mort nichés dans le tristement célèbre FRAHP de Constant-Chambelain-Martelly ?

Assez souvent quand on banalise un indice, on en subit les conséquences néfastes ; et les dérives de Martelly ne sont pas seulement des indices (signes apparents et probables), mais des preuves palpables qu’une dictature est en gestation en Haïti. Et si le peuple haïtien n’y met pas rapidement un frein, ce sera une catastrophe pire que le duvaliérisme.

Morisseau Lazarre kamoy3@optimum.net

Lincoln (Steven Spielberg) : Les grands absents : 4 millions d’esclaves


William Peynsaert

Lincoln est une apologie, pas une leçon d’histoire. L’abolition de l’esclavage résulte d’une lutte des esclaves eux-mêmes, et de tensions économiques entre le Nord et le Sud des États-Unis. (Photo Twentieth Century Fox)

Il y a 150 ans, le président Abraham Lincoln abolissait officiellement l’esclavage. Hollywood s’est emparé du sujet. Le résultat, le Lincoln de Spielberg, prend cependant des libertés avec la vérité historique.

Lincoln est une apologie, pas une leçon d’histoire. L’abolition de l’esclavage résulte d’une lutte des esclaves eux-mêmes, et de tensions économiques entre le Nord et le Sud des États-Unis. (Photo Twentieth Century Fox)

Le Lincoln de Spielberg attribue le mérite quasiment exclusif de l’abolition de l’esclavage à son héros. Or la proclamation d’Abraham Lincoln n’est en fait que l’aboutissement d’une lutte acharnée menée par… les esclaves mêmes. Loin d’une leçon d’histoire, Lincoln est une ode à un homme pour qui le réalisateur a beaucoup d’admiration, réduisant les (ex-)esclaves à des figurants. Mise au point.

Qui sont ces esclaves ?

Entre 1620 et 1865, environ 600 000 Africains ont été capturés et transportés par bateau vers les États-Unis dans des conditions effroyables. Une moyenne de 15% ne survivait pas au voyage. À l’arrivée, l’esclave devait être « cassé » par des tortures physiques et psychologiques. L’esclave était doublement rentable : par son travail, et par ses enfants que le maître pouvait faire travailler ou vendre. En 1860, il y avait au total 4 441 830 Noirs aux Etats-Unis. 3 953 760 étaient des esclaves et 488 070 étaient des hommes libres. Il y avait 5 000 000 de blancs dans les États sudistes. Vu que la grande majorité des Noirs vivaient dans le Sud du pays, plus de la moitié de la population était esclave. Les critiques les plus féroces de ce système ne parlaient pas de plantations, mais « d’élevages de nègres ».

Un homme fort coûtait l’équivalent d’environ 33 000 euros. Un peu moins de 20 % des sudistes possédaient des esclaves. Plus de 80 % d’entre eux en avaient moins de 20. Moins de 1 sur 1000 en avaient plus que 50. On a pu recenser 19 propriétaires de plus de 500 esclaves.

Il était défendu d’apprendre à un esclave à lire et à écrire. Les maîtres qui prenaient le train avec des esclaves devaient payer pour eux le prix du transport de marchandises, c’est-à-dire au kilo. Les enfants étaient mis au travail environ à l’âge de 8 ans. Le maître pouvait les vendre quand il le voulait, de sorte que beaucoup de familles étaient séparées.

Lincoln a-t-il oui ou non aboli l’esclavage ?

Oui et non. Par sa proclamation, il réagissait à un fait accompli. Les esclaves s’étaient déjà libérés eux-mêmes. Dès le début de la guerre de Sécession (1861-1865), les esclaves se sont enfuis en masse et ont cherché protection dans les armées nordistes. Un sur cinq a fui. En 1863, la situation était déjà irréversible. Lincoln lui-même avait déclaré : « Je confesse ouvertement que je n’ai pas déterminé les événements, mais que les événements ont déterminé mes actions. »

Et puis, la liberté sans moyens d’existence… Comme l’avait expliqué l’ex-esclave Thomas Hall, « Lincoln a reçu tous les honneurs parce qu’il nous a libérés, mais a-t-il fait cela ? Il nous a donné la liberté sans nous donner aucune chance de pouvoir gagner notre vie. Nous sommes restés dépendants du Blanc du sud pour travailler, nous nourrir et nous vêtir. Par nécessité, nous sommes restés dans une relation de service qui n’était pas extrêmement meilleure que l’esclavage ».

Après la guerre, le général William Sherman fit en sorte que l’on octroie aux ex-esclaves environ 16 hectares de terres. 40 000 esclaves affranchis ont fait usage de cette mesure. Le gouvernement fédéral revint très vite sur cette offre. L’armée chassa les affranchis et redonna les terres aux maîtres blancs.

Les esclaves se sont-ils résignés à leur sort  ?

Jamais. Les révoltes étaient régulières. Les Blancs avaient une peur panique d’une insurrection de masse. Partout dans le Sud, des milices blanches étaient sur le qui-vive. Il y avait aussi chaque année des milliers de fuyards. Souvent vers le Canada, où l’esclavage était déjà aboli. Le Nord « libre », par sa tristement célèbre loi sur les fugitifs, autorisait cependant la capture des esclaves en fuite sur tout le territoire des États-Unis. « Slave-chaser » (chasseur de prime capturant les fugitifs) était devenu une « profession » lucrative.
Les esclaves protestaient également de manière passive, en ralentissant intentionnellement le travail ou en le faisant mal, en se réunissant clandestinement, en transmettent de manière codée les itinéraires de fuite dans les chants qu’ils chantaient, etc. Les Noirs libres du Nord ont été les premiers à diffuser des journaux anti-esclavagistes. En 1854, une conférence de Noirs libres concluait : « Il est manifeste que cette lutte est la nôtre ! Personne d’autre ne peut la mener. Au lieu de dépendre du mouvement anti-esclavagiste, c’est nous qui devons le conduire. »

Durant la guerre de Sécession, 200 000 Noirs se sont battus contre le Sud, et plus de 38 000 y ont perdu la vie. L’historien James McPherson note que, « sans eux, le Nord n’aurait pas gagné aussi rapidement la guerre et peut-être ne l’aurait-il même pas gagnée du tout ».

Lincoln pensait-il que Noirs et Blancs étaient égaux ?

Absolument pas. Il aurait aimé pouvoir tous les renvoyer en Afrique. Le 16 octobre 1854, il avait déclaré : « Si j’avais tout le pouvoir sur terre, je ne saurais pas quoi faire de l’esclavage. Ma première impulsion serait de tous les libérer et de les envoyer au Liberia, dans leur terre d’origine. » Il a également prononcé ces paroles : « Il existe une différence physique entre les deux qui selon moi interdira toujours la coexistence sur un pied d’égalité. »

Sur quoi portait vraiment la guerre civile américaine ?

Explications de l’historien Howard Zinn : « L’élite du Nord voulait l’expansion économique : la terre, le travail libre, le marché libre, le protectionnisme pour les fabricants et une banque pour les Etats-Unis. » L’esclavage menait à la monoculture, à un réseau de chemin de fer limité, était purement axé sur l’exportation et sur un petit nombre de grandes plantations. Le Nord voulait une production de masse, le protectionnisme pour ses produits industriels, un grand vivier de main-d’œuvre que l’on pouvait mettre en concurrence mutuelle pour la faire travailler au prix le plus bas. Le système esclavagiste était incompatible avec la production de masse des usines et les modes plus complexes de transport et d’administration que cela exigeait.

« La lutte s’est réveillée car les deux systèmes ne pouvaient plus vivre côte-à-côte pacifiquement en Amérique du Nord, a analysé Karl Marx. Cela ne pouvait se finir que par la victoire d’un système (l’esclavage) ou d’un autre (le travail libre). » Les esclaves se sont servis de la guerre pour briser définitivement leurs chaînes. Un combat collectif progressiste que le film Lincoln ne montre pas.

William Peynsaert

Source : http://www.ptb.be/

Obama, les Etats-Unis et le monde musulman : l’animosité est en hausse. (The Guardian)


Glenn GREENWALD

Un nouveau sondage, effectué au Pakistan, montre qu’une promesse clé d’Obama d’améliorer la sécurité des Etats-Unis a totalement échoué.

Lors de son premier discours inaugural, prononcé en 2009, Barack Obama avait annoncé : «  Avec le monde musulman, nous voulons établir de nouvelles relations, basées sur un intérêt et un respect mutuel. » L’amélioration de l’image des Etats-Unis parmi les 1,6 milliards de Musulmans n’était pas un concours de popularité international mais considéré comme un enjeu vital pour la sécurité des Etats-Unis. Même le Pentagone avait reconnu depuis longtemps que la première cause du terrorisme anti-US était « l’attitude négative » envers les Etats-Unis : à l’évidence, la raison pour laquelle des gens dans ces parties du monde voulaient attaquer les Etats-Unis – et pas le Pérou ou l’Afrique du Sud ou la Chine – était parce qu’ils estimaient qu’ils avaient de bonnes raisons pour le faire.

Les plus fervents partisans d’Obama ont toujours salué sa soi-disant capacité unique à améliorer l’image des Etats-Unis dans le monde. Dans le premier d’une longue série d’odes à Obama, Andrew Sullivan écrivait en 2007 que, parmi les atouts innombrables d’Obama, « le premier et le plus important est son visage, » qui serait « l’opération de remodelage le plus efficace des Etats-Unis depuis Reagan ». Sullivan imaginait précisément un « jeune Pakistanais musulman » qui verrait Obama comme « le nouveau visage de l’Amérique » ; instantanément, affirmait Sullivan, « le soft power (le pouvoir par la propagande, par opposition au pouvoir par la force – NdT) de l’Amérique est monté non pas d’un cran, mais de façon exponentielle ». Obama serait « l’arme le plus simple mais le plus efficace contre la diabolisation de l’Amérique qui alimente l’idéologie islamiste » parce qu’il « prouve qu’ils se trompent sur l’Amérique à un point que les mots ne peuvent exprimer ». Sullivan expliquait pourquoi cela avait autant d’importance : « un tel remodelage n’est pas anecdotique – il est au cœur d’une stratégie de guerre efficace. »

Rien de tel ne s’est réalisé. En fait, c’est le contraire. Bien que difficile à imaginer, Obama dirige des Etats-Unis qui, par de nombreux aspects, sont désormais encore plus impopulaires dans le monde musulman qu’ils ne l’étaient sous George Bush et Dick Cheney.

C’est tout simplement un fait. Les sondages le confirment, les uns après les autres. En juillet 2011, le Washington Post écrivait : « L’espoir que le monde arabe avait placé il y a encore peu dans les Etats-Unis et le Président Obama a pratiquement disparu. » Citant un sondage dans de nombreux pays du Moyen Orient qui venait d’être publié, le Post expliquait : «  Dans la plupart des pays sondés, les opinions favorables aux Etats-Unis ont chuté à des niveaux plus bas que ceux de la dernière année de l’administration Bush. »

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En 2011, un sondage de l’American Arab Institute a montré que « dans le monde arabe, le taux d’avis favorables aux Etats-Unis a dégringolé. Dans la plupart des pays, le niveau est plus faible qu’à la fin de l’administration Bush, et plus faible que le taux d’avis favorables à l’Iran. » La même année, un sondage effectué en Egypte – sans doute le pays le plus important sur le plan stratégique dans la région et le site du discours du Caire prononcé par Obama en 2009 – a montré une popularité des Etats-Unis au même niveau ou même inférieur aux niveaux des années Bush. Un sondage de Pew en 2012 effectué dans six pays à majorité musulmane a montré des résultats similaires, sinon pires, par rapport aux années Bush, mais a aussi montré que la Chine était largement plus populaire dans cette partie du monde que les Etats-Unis. Dans cette région, les Etats-Unis et Israël sont encore considérés, et de loin, comme les deux plus grandes menaces pour la paix.

En résumé, tandis que les Européens persistent à aduler Obama, les Etats-Unis sont plus impopulaires que jamais dans le monde musulman. Un nouveau sondage Gallup publié jeudi et effectué auprès de l’opinion publique pakistanaise, fournit des preuves encore plus évidentes de cette dangereuse tendance. Selon les conclusions de Gallup, « plus de 9 Pakistanais sur 10 (92%) expriment leur désaccord avec les dirigeants US contre 4% qui les approuvent, soit le niveau le plus bas jamais atteint au Pakistan ». Pire encore, « une majorité (55%) disent que des interactions entre les sociétés musulmanes et occidentales constituent « plus une menace » [qu’un avantage], soit une augmentation significative par rapport aux 39% de 2011. » Le niveau de désaccord avec les Etats-Unis dans cette nation dotée de l’arme nucléaire a explosé sous Obama pour atteindre des niveaux records.

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Il n’est pas difficile d’en comprendre les causes. C’est même facile si on est capable d’un minimum d’empathie. Ce n’est pas – contrairement à ce que les occidentaux narcissiques aiment à se répéter – à cause d’un anti-américanisme enraciné, inhérent et primitif dans ces cultures. Au contraire, il y a un attrait significatif pour la culture US et « le peuple américain » dans ces pays, particulièrement parmi les jeunes.

Ce qui provoque cette hostilité généralisée envers les Etats-Unis est clair : les actions des Etats-Unis dans ces pays. Selon la conclusion d’une étude du Pentagone publiée à l’époque de Rumsfeld : «  les Musulmans ne détestent pas « nos libertés », mais détestent plutôt notre politique. » Plus précisément, c’est « l’intervention directe américaine dans le monde musulman » – justifiée au nom de la guerre contre le terrorisme – qui « de manière paradoxale renforce l’image et le soutien aux radicaux islamiques ».

Réfléchissez simplement à l’opinion qu’ont les Américains sur leurs bombardements incessants via des drones et l’opinion du reste du monde. Il n’est pas exagéré de dire que les Etats-Unis sont un état-voyou lorsqu’il s’agit de ses guerres par drones interposés, et qu’ils sont pratiquement les seuls à les approuver. Le sondage Pew de juin dernier a montré que « dans pratiquement tous les pays, il y a une opposition considérable à un des piliers de la politique anti-terroriste de l’administration Obama : les frappes par drones. » Le résultat était sans appel : « dans 17 pays sur 20, plus de la moitié désapprouve les attaques par drones des Etats-Unis contre des dirigeants et groupes extrémistes dans des pays tels que le Pakistan, le Yémen et la Somalie. » Ce qui signifie que les «  les Américains sont clairement isolés sur cette question. »

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Pour résumer, si vous bombardez continuellement un pays et tuez ses civils, non seulement les habitants de ce pays mais aussi cette partie du monde qui s’identifie à eux mépriseront de plus en plus le pays qui accomplit cet acte. Voilà l’ironie suprême, le paradoxe le plus inextricable, du discours US sur ces questions : la politique que les Etats-Unis justifient sans cesse en débitant le slogan sur le Terrorisme est précisément la cause de la haine anti-US et du terrorisme anti-US. C’est une évidence pour ceux qui comprennent un minimum la nature humaine, mais ces sondages le confirment sans conteste.

Le mois dernier, Robert Wright de Atlantic a annoncé qu’il allait cesser d’écrire régulièrement pour ce magazine afin de terminer son livre sur le Bouddhisme. Ce faisant, il a écrit un article extraordinaire (ce dont il a l’habitude) qui offre de nombreuses réflexions intéressantes. Hier, le blogueur Digby a souligné le passage clé relatif au sujet abordé ici :

« [1] Le plus gros problème du monde actuel est l’incapacité des gens ou de groupes à voir les choses du point de vue d’autres gens ou groupes – càd de se mettre à la place de « l’autre ». Je ne parle pas d’empathie dans le sens de partager littéralement les émotions de l’autre – ressentir sa douleur, etc. Je parle simplement de la capacité de comprendre le point de vue de l’autre. Par exemple, pour les Américains, cela signifierait pour eux de comprendre que si vous vivez dans un pays occupé par des troupes US, ou survolé par des drones US, vous pourriez ne pas partager l’opinion de nombreux Américains selon lesquels ces démonstrations de force sont des actes de bienveillance accomplis pour un bien supérieur. Vous pourriez même éprouver quelques ressentiments. Vous pourriez même commencer à détester les Etats-Unis.

« [2] La haine populaire est une menace bien plus grande pour les Etats-Unis – et pour les nations en général, et donc pour la stabilité et la paix dans le monde – qu’elle ne l’était auparavant. Les raisons en sont pour une grande part technologiques, et se manifestent principalement de deux manières : (1) la technologie a facilité la transformation de la haine, et son déploiement via des entités non-gouvernementales aux pouvoirs extrêmement dangereux ; (2) la technologie a érodé les pouvoirs autoritaires, rendant les gouvernements plus sensibles à la volonté populaire, rendant ainsi leurs politiques plus représentatives de leurs opinions publiques. Le résultat est que l’opinion publique à l’étranger envers les Etats-Unis a beaucoup plus d’importance (pour la sécurité des Etats-Unis) qu’elle n’en avait il y a quelques dizaines d’années en arrière.

« [3] Si les Etats-Unis ne consacrent pas leur domination qui s’effrite inexorablement à bâtir un monde où l’état de droit serait respecté, et où les normes internationales s’imposeraient, les Etats-Unis (et le monde) en souffriront. Par exemple, lorsque nous faisons à d’autres nations ce que nous qualifions nous-mêmes d’actes de guerre (comme le cyber-piratage) cela ne favorise à long terme ni notre sécurité, ni celle de nos alliés. Il en va de même lorsque nous envahissons des pays, ou les bombardons, en violation flagrante du droit international. Et il faudra bien nous pencher un jour sérieusement sur un véritable programme de non-prolifération nucléaire globale – un programme que nous voudrions faire respecter non seulement par nos ennemis, mais aussi par nos amis. »

Chaque fois que j’écris sur le niveau d’impopularité des Etats-Unis (qui deviennent de plus en plus impopulaires) dans le monde musulman, j’ai inévitablement des réactions de la part de grandes gueules pseudos-guerriers qui haussent les épaules en disant « qu’importe ce qu’Ils pensent de Nous ? » Cela importe pour les raisons précises invoquées par Wright : même si vous n’en avez rien à faire des bombardements et des assassinats constants, rien ne fait plus de tort aux intérêts et à la sécurité des Etats-Unis que de semer la haine anti-US à travers le monde. Dit autrement, ce sont précisément ceux qui soutiennent les agressions des Etats-Unis en invoquant le cliché des « méchants Terroristes » qui font le plus pour maintenir cette menace et l’aggraver inexorablement. Et, comme le dit Wright, ce n’est qu’une absence totale d’empathie pour l’autre qui peut expliquer cette incapacité à faire le lien.

Glenn Greenwald

Le Grand Soir

L’antipatriotisme et l’incompétence du tandem Martelly/Lamothe s’accentuent


Les visées des dirigeants de la république voisine sont claires pour les observateurs avertis. On n’a pas besoin d’être dans le secret des dieux ou encore moins d’être un grand clerc, pour comprendre les machinations de l’establishment dominicain dont le rêve le plus cher est d’occuper Haïti.

L’antipatriotisme, l’incompétence et la cupidité des dirigeants haïtiens aidant, la République Dominicaine a déjà réussi deux phases de sa grande ambition : acheter la conscience des dirigeants haïtiens et prendre d’assaut le marché haïtien, donc l’économie haïtienne dans tous ses compartiments.

C’est justement ce qui explique aussi les multiples contrats juteux accordés à des firmes de l’État voisin sans appel d’offre, donc en catimini. C’est ce qui explique, bien sûr, le dernier contrat que vient de signer l’administration de la honte Martelly/Lamothe avec le gouvernement dominicain pour interconnecter le système énergétique des deux républiques voisines. Quelle absurdité ! Quelle honte ! Le sénateur du Nord Moïse Jean Charles a bien touché la plaie du doigt, en déclarant avec raison : « Cet accord va augmenter le pouvoir de la République Dominicaine sur Haïti qui tend à devenir une province dominicaine, étant dépendante de ce pays pour la plupart des produits de consommation. »

Le tandem Martelly/Lamothe, parce qu’incompétent et sans vision nationaliste, se voit dans l’impossibilité de délivrer rien qui vaille à la population. Au lieu de réunir les compétences nationales dans ce domaine à fin de trouver les formules qui s’imposent pour venir à bout, une fois pour toutes, de ce problème chronique qui entrave à tous les niveaux le développement du pays, il s’en remet aveuglément aux Dominicains pour aider Haïti sous prétexte de partenariat.

Cet accord est une aubaine présentée sur un plateau d’argent aux dirigeants racistes dominicains qui auront pu s’en servir comme une arme efficace pour mettre le pays à genoux quand bon leur semble et selon leurs caprices.

Par conséquent, tous vrais patriotes doivent concourir avec le sénateur Moïse Jean Charles, que le peuple n’a d’autre choix que d’assumer ses responsabilités pour faire obstacle au plan antinational, macabres des fossoyeurs de la Nation au pouvoir anvan pita pi tris.

Morisseau Lazarre kamoy3@optimum.net

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